« PROMISE » : LES TREPIDANTES PULSIONS DE LA VIE

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Promise – Sharon Eyal & Gai Behar – Théâtre des Abbesses, Paris – du 14 au 24 juin 2023.

Star internationale passée par la Batsheva Dance Company, la chorégraphe israélienne Sharon Eyal est une invitée régulière de la scène parisienne. Avec Gai Behar, elle signe un nouvel opus pour la compagnie allemande Tanzmainz, Promise, joué au Théâtre des Abbesses. Son style se reconnait entre tous : comme dans Soul chain, les danseurs habillés en maillots unisexes et chaussettes mi-longues forment un groupe compact perché sur la pointe des pieds. Pendant un peu moins d’une heure, les sept danseurs font corps, palpitent, et passent par une palette d’émotions vibrantes aux sons technos variés. Un style unique pour une expérience fascinante.

Scène vide, une légère fumée plane. Un groupe s’avance, soudé par une force invisible, en tunique bleue, les bras repliés près du corps, animé par des mouvements d’épaules comme des prémices de boxe aux poings liés. Le langage chorégraphique de Sharon Eyal est fait de répétitions de petits mouvements, qui pris indépendamment n’ont rien de spectaculaire, mais laissent les danseurs en nage au bout d’une heure de spectacle. Nul grand jeté, arabesque ou course folle sur le plateau, la danse se vit autrement, comme une pulsation continue qui évolue, s’interrompt, repart dans une autre direction, et ne cesse d’animer un collectif soudé. Il y a des passes de tangos inopinées, des articulations en ligne horizontales ou verticales, mais le tempo ne s’arrête jamais.

Les sept danseurs forment un ensemble compact. Le regard va de l’un à l’autre. Bien que la tenue soit la même, les expressions sont singulières, les mouvements s’adaptent aux morphologies. Ces variations infimes attirent l’attention du spectateur, qui cherche d’où viendront les changements. Les échappées individuelles ou à deux se glissent subrepticement. Le groupe traverse les mondes dessinés par la musique, éprouve des émotions variées, de la peur, de l’amusement, de l’espoir, de la protection. Le regard toujours fixe vers le spectateur, les danseurs avancent, déterminés, dans l’espoir d’un jour meilleur.

Toute interprétation trop poussée serait vaine, tant la danse de Sharon Eyal se vit plus qu’elle ne se raconte. L’exercice est exigeant, jamais ennuyeux : les séquences se suivent sans jamais se ressembler tout à fait. Aux saluts, les spectateurs applaudissent des danseurs épuisés à tout rompre.

Emmanuelle Picard

Photo Andreas Etter

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