« CULOTTEES » : UNE FÊTE, UNE CELEBRATION JOYEUSE DE FEMMES LIBRES

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« Culottées » – D’après les romans graphiques de Pénélope Bagieu – mes Justine Heynemann – Studio Théâtre de la Comédie Française, Paris – du 25 janvier au 3 mars 2024.

Un patchwork de femmes libres et inoubliables

Vous connaissez Clémentine Delait, Phulan Devi ou Hedy Lamarr ? Peut-être avez-vous lu la série de planches dessinées par Pénélope Bagieu publiée tous les lundis sur un blog hébergé par Lemonde.fr. ? Ou bien connaissez-vous les deux tomes de la bande dessinée publiés en 2016 et 2017. Le titre complet des Culottées ajoute : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent. Au Studio Théâtre de la Comédie Française, Justine Heynemann et Rachel Arditi (Songe à la douceur, Les petites reines), adaptent l’œuvre pour le théâtre avec cinq comédiennes et un musicien. Le pari est osé, trente portraits piquants défilent en une heure avec une fluidité déconcertante. Le jeu est partout, magnifié par la musique. C’est drôle, festif, pas ostentatoire pour un sou et profondément inspirant. Une réussite.

Les femmes choisies par Pénélope Bagieu ont affronté tous types d’obstacles pour se définir elles-mêmes. Peu importent époques, âges, pays, classes sociales ou domaines d’activités, chacune de ces femmes donne espoir et courage. Une impératrice chinoise du VIIe siècle côtoie ainsi une rappeuse iranienne ou une protectrice de phare américaine, avec leur liberté pour étendard.

La scène est délimitée par un cabaret rond, comme un petit cirque. Les lumières sont festives, un piano se cache côté jardin. Le studio théâtre est intime par construction. Arrivent alors des personnages incroyables, en costumes fous, collection d’accessoires qui transforment instantanément les actrices. Les transitions ingénieuses vont jusqu’à faire dialoguer les personnages entre eux au-delà des époques et des continents. A partir du moment où tout est jeu, tout devient possible, rien n’est interdit. Il faut tout le talent des comédiennes pour camper cette multitude de personnages, enchainer les héroïnes et les rôles support. L’énergie de Sephora Pondi force l’admiration, tout comme la gaieté d’Elissa Alloula, la majesté de François Gillard, la douceur de Coraly Zahonero ou la rage de Claïna Clavaron. Le chant réunit la troupe, unifie les scènes et participe à ces belles transitions rythmées. Le spectacle a la couleur de la BD, l’impact des images simplifiées, la rapidité des bulles.

La manière dont sont « croquées » ces femmes est frappante : le portrait de chacune se dessine avec force en quelques traits. L’impact est d’autant plus grand qu’il nait de quelques situations, d’une capacité sidérante à aller à l’essentiel, aux moments clés d’une vie. Les personnalités présentées sont forcément inspirantes, leur manière de se saisir de leur liberté donne envie. Le succès du spectacle (et de la BD) tient aussi dans un équilibre subtil entre drames et joies, situations tristes et victoires qui alternent sans se neutraliser.

« Culottées » est une fête, une célébration joyeuse de femmes libres et inspirantes, en même temps qu’un plaisir du jeu à s’offrir sans hésiter.

Emmanuelle Picard

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