« LA BELLE ET LA BÊTE », AU-DELA DES APPARENCES

La Belle et la Bête – comédie musicale de Thierry Debroux d’après célèbre conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont – mise en scène et chorégraphies : Emmanuelle Lamberts –  scénographie : Thibaut De Coster et Charly Kleinermann – avec 13 artistes sur scène –  au théâtre Royal du Parc à Bruxelles, jusqu’au 07-12-2024.

Au-delà des apparences, les masques que nous portons.

Emmanuelle Lamberts propose une mise en scène telle « Une expérience théâtrale immersive et envoûtante (..), une ode au mouvement (…) », mêlant danse, musique, conte, magie, beauté… en lien avec la nature et les divinités celtes.

« Qui sommes-nous réellement, au-delà des apparences et des masques que nous portons ? » Le célèbre conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont s’imprègne ici de mythologie irlandaise peuplé de fées et de divinités, voilà la proposition de Thierry Debroux avec cette adaptation réussie de « La Belle et la Bête », invitant les spectateurs à « une introspection profonde ».

Les somptueux décors, féériques et enchanteurs (ici, tout est en mouvement, articulé autour d’un double escalier en semi colimaçon) ainsi que la scénographie de Thibault De Coster et Charly Kleinermann plongent immédiatement le public dans une atmosphère magique empreinte de mystère, où le jeu de lumières, couleurs, sons, la musique originale de Nicolas Fiszman et Fabian Finkels (pas moins de 30 morceaux), les chansons (écrites par Debroux) et les magnifiques chorégraphies, en plus de très beaux costumes, contribuent à capter l’attention et l’émerveillement des spectateurs. La scène se transforme au gré de l’histoire dans différents lieux, tantôt le salon de la maison en ville, la forêt, le Manoir, la chapelle, un monde féérique et mystérieux. Avec sa mise en scène, Emmanuelle Lamberts met en valeur l’adaptation de Debroux et propose de porter le regard sur « les évènements qui arrivent sur notre chemin au-delà de leurs apparences », ainsi, pas « d’obstacle », mais une « invitation à prendre une nouvelle direction, oser, se risquer, … », souligne Lamberts. Les chansons sont interprétées par des comédiens coachés par Daphné D’Heur, précise encore la metteuse en scène. Le choix de l’équipe artistique de replacer l’action en Irlande, bien connue pour ses légendes, imprégnée de mythologie, a pour objectif de « créer un univers visuel et esthétique fort ».

L’action : Nous sommes au XVIIIème siècle dans un petit village au fin fond de l’Irlande. Ayant de gros soucis avec les banques, ruiné, un veuf (Fabian Finkels) n’a pas d’autre choix que de quitter la ville pour s’installer dans une chaumière tapie dans la forêt (où vécut et grandit sa défunte épouse) avec ses deux filles : l’aînée Enora (Marie Glorieux) et Belle (Romina Palmeri). Un pasteur terriblement austère (Antoine Guillaume) règne sur les villageois. Rire, danser, chanter, être amoureux ou simplement heureux, ne fait pas partie de ses principes et il compte bien faire respecter sa loi, avis aux nouveaux venus. Mais voilà, l’arrivée de Belle et sa famille dans le village va tout chambouler y compris les perspectives du pasteur et tout le petit monde des fées et des lutins. Pour Enora, vivre dans ce lieu perdu, loin de la ville, est un drame, contrairement à Belle, dont l’instinct lui souffle que c’est là sa destinée… Qu’à cela ne tienne, le père à de nouveaux projets et compte bien retourner en ville pour tenter d’apprivoiser les banques. Bien mal lui en pris, car, au retour, il finit par se perdre dans la forêt. La légende du Manoir ensorcelé de la Bête (Nicolas Kaplyn), colporté à tout va par les villageois, va prendre forme réelle et mettre bien à mal le pauvre homme, promis à une mort certaine à cause d’une…rose!

Qu’adviendra-t-il de lui ? Quelle sera la réaction de Belle ? Pourquoi la Bête, a-t-elle pris l’apparence d’un monstre ? Quel secret inavouable, en ces temps reculés, cache Rahz, le fidèle serviteur de la Bête (Jérôme Louis) ? Quels rôles joueront dans l’histoire Dana, la Déesse mère, (Perrine Delers) et Bélénos, Dieu du Soleil et de la santé dit le « Brillant », (Emmanuel Dell’Erba) ? Qui est Cailhéac (Marie Glorieux) et quelles sont ses intentions ?

Une histoire « d’amour et de rédemption, de vertu et de beauté intérieure, de leçons de vie, ou encore, l’importance de la famille » (tels qu’abordés dans le conte de J-M Leprince de Beaumont : « dans un contexte dynamique de transformation sociale et culturelle et où l’éducation des femmes prennent une nouvelle importance à cette époque »). Mais aussi de solidarité, mélange de mélancolie, de poésie et d’humour et, surtout, une invitation à voir bien au-delà des apparences ! La Bête est-elle vraiment un monstre ? Pour en découvrir l’issue, rendez-vous au magnifique théâtre Royal du Parc, à Bruxelles.

Pour ce premier travail de mise en scène, on peut dire qu’Emmanuelle Lamberts fait fort et marque certainement les esprits. Des fées et des lutins sur les balcons du théâtre et partout sur scène, surprennent et charment les spectateurs. Il existe d’innombrables versions de ce conte célèbre et la fin de cette adaptation en surprendra plus d’un… Mais, chuuut !

Le saviez-vous ? À la base, le conte de la Belle et la Bête était un conte oral que Gabrielle de Villeneuve (romancière du XVIIIème siècle) mis par écrit. Mais c’est la version de Madame Jeanne-Marie de Beaumont (également romancière) « qui rendra le conte populaire en simplifiant l’intrigue ». Et si le conte a bien été inspiré par les romans d’Apulée (dont les œuvres parlent de transformation d’hommes en animaux (tout comme Ovide bien plus tôt), de magie et de…roses !), le conte est également inspiré d’une histoire vraie, celle de Petrus, au destin surprenant, un enfant né en 1537, le corps recouvert de poils (une mutation génétique rare appelée « hypertrichose).

Mais revenons à Leprince de Beaumont pour qui, au-delà du conte fantastique, la Belle et la Bête « représente une évolution significative du conte traditionnel, en intégrant des valeurs morales et sociales propres à son époque (…) », soit la recherche vers « le changement de mentalités ».

Bien sûr, comment ne pas se souvenir de la magnifique adaptation au cinéma de Jean Cocteau, avec l’inoubliable Jean Marais dans le rôle de la Bête et Josette Day, Belle, en 1946. Mais, l’intuition de Debroux pour cette version au théâtre, la formidable mise en scène d’Emmanuelle Lamberts et l’excellent casting méritent absolument le détour !

« La Belle et la Bête », un conte, certes, mais aussi une réflexion qui va bien au-delà des apparences ! À voir absolument au Théâtre Royal du Parc, à Bruxelles, jusqu’au 7 décembre 2024. Tout public, à partir de 6 ans. J’y vais et j’en parle autour de moi !

Julia Garlito Y Romo

Photo Aude Vanlathem

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