LE « PSYCHODRAME » DE LISA GUEZ, UNE MAGNIFIQUE CATHARSIS

Psychodrame – mes Lisa Guez – Théâtre des Abbesses Paris – du 3 au 12 décembre 2024.

Une magnifique catharsis en direct sur le plateau

A l’origine, le psychodrame est une forme de thérapie qui utilise la théâtralisation dramatique sur des scenarii improvisés et permet la mise en scène de la problématique intérieure du patient. Lisa Guez et sa troupe 13/31 se plongent dans les arcanes de cette méthode, découverte auprès d’une psychiatre lors d’ateliers théâtre organisés par la metteure en scène dans des centres psychiatriques. Il ne s’agit pas de docu-théâtre, les sessions de psychodrames sont privées. Tout est fictif, nourri des improvisations et de l’imaginaire de la troupe qui s’est longuement documentée. Le résultat est fantastique : un déchainement d’émotions partagées entre patients et équipes soignantes, une empathie rare où le jeu libère et raccroche à la vie. Les six comédiennes sont épatantes, versatiles et souvent méconnaissables dans leur changement de rôle. Une belle énergie réparatrice à découvrir.

Dans un centre hospitalier, l’équipe soignante en psychiatrie pratique le psychodrame. Sont reçues une à une des patientes atteintes de troubles psychiques handicapants : une femme serpent, une ado dépressive et colérique… Chaque session permet d’appréhender différemment la problématique de la patiente.

Intérieur neutre d’hôpital aux couleurs pastel, portes battantes, couloir vitré, médecins en blouse blanche. Elles sont six sur scène, alternant les rôles de soignantes et de patientes. Six caractères bien trempés pour camper les séances de psychodrame : une meneuse de jeu, une patiente, et le reste du corps soignant comme figurants dans les senarii imaginés par la patiente. La dramaturgie est tenue par une triple progression : celle des quatre cas présentés, pour lesquels des bribes d’histoires sont distillées au fur et à mesure, celle de l’équipe soignante, femmes médecins aux prises avec leur propre réalité, et celle de l’hôpital public dont le délabrement est progressif. Les enchainements sont fluides, marqués par l’ouverture des portes battantes, et par la virtuosité des comédiennes qui basculent d’un personnage à l’autre sans que le public ne s’en rende compte.

Quelles actrices, et quels personnages ! la galerie est haute en couleurs, autant chez les patientes que chez les médecins. Côté patientes, leurs situations d’internées en hôpital prépare aux extrêmes : du langage ordurier de l’une à la bourgeoise coincée, de l’ado colérique à la nymphomane en jogging. Côté médecins, leurs singularités sont plus subtiles mais bien marquées aussi. La force du spectacle est de tisser des liens continus entre soignantes et soignées. Le principe même du psychodrame qui implique le corps soignant dans le scenario de la patiente crée une empathie profonde qui dépasse les théories psychanalytiques. La douleur des patientes est palpable, leur difficulté de vivre fait peine à voir. Les médecins qui les soignent sont elles aussi aux prises avec les tracas du quotidien. Elles sont loin d’être parfaites et le savent, expriment aussi des désaccords sur les diagnostics. Qu’est-ce qui fait que tout bascule un jour côté folie ? Le fait que les mêmes comédiennes jouent aussi bien les médecins que les patientes alimentent cette porosité qui finit par être littérale dans la scène finale.

Emmanuelle Picard

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