« LE PAS DU MONDE », SUBLIME ENVOLÉE D’UN COLLECTIF HORS-NORMES

« Le pas du monde » – Collectif XY – La Villette – Jusqu’au 23 novembre 2025

Voilà vingt ans que le collectif XY présente sa vision du monde, avec des acrobaties « en grand nombre ». Leur spectacle précédent, Möbius, chorégraphié par Rachid Ouramdame, avait marqué les esprits. Pour leur 6e opus intitulé Le pas du monde, cirque, nature et société se rencontrent. Vingt-deux artistes sont en permanence sur le plateau, formant un groupe solide et puissant, interdépendant. Ils se glissent dans le chant comme dans la foule, deviennent montagne ou fleuve, animaux ou grand arbre. Le spectacle progresse avec fluidité, de la création d’un environnement sonore étrange et poétique aux moments de prouesse physique extrêmes, pour finir dans une jungle imaginaire. La salle applaudit debout un spectacle rare et précieux.

Vingt-deux personnes et pas un seul décor. La précision des lumières d’Eric Soyer, collaborateur régulier de Joël Pommerat, fait tout : des noirs aux clairs-obscurs des forêts et aux illuminations des sommets. Les acrobates, femmes et hommes de tous âges, sont en habits de tous les jours. Leur nombre surprend, fascine. Qui porte, qui est porté ? Les rôles changent, les physionomies s’adaptent, le groupe est une force, d’autant qu’ils sont à l’écoute les uns des autres.

Cette union s’exprime d’abord par le chant polyphonique, dans une langue inventée, a cappella au début, puis secondée par une bande sonore discrète qui n’hésite pas à prendre le relais dans les moments d’acrobaties intenses. Il y a énormément de douceur dans cet accompagnement musical. Le spectacle glisse d’une séquence à l’autre dans une grande continuité et avec beaucoup d’harmonie.

Que de prouesses! Il y a des moments à couper le souffle, des chutes vertigineuses et des pyramides qui touchent le ciel. L’effort physique n’est pas encadré par de grands roulements de tambour mais bien intégré dans la marche des choses, dans la continuité du chant choral. Comment font-ils ? Pas de star system, juste un ensemble intelligent, magique.

Il serait vain de chercher une histoire à suivre. Les images et séquences proposées sont sensorielles. Des liens apparaissent dans certains contextes , notamment dans la section animale, avec beaucoup d’humour. Des traces de douleur liées à l’isolement passent aussi. Tout est diffus et pourtant justement à sa place. Un pur spectacle « feel good ».

Emmanuelle Picard

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