
FESTIVAL D’AUTOMNE. « Les conséquences » – mes Pascal Rambert – Théâtre de la Ville, Paris – Du 3 au 15 novembre 2025
C’est l’événement de cet automne : après La clôture de l’A. qui l’a rendu célèbre, et tant d’autres pièces, Pascal Rambert nous présente son dernier opus, Les conséquences, avec une distribution de haut vol : Audrey Bonnet, Jacques Weber, Marilu Marini, Anne Brochet, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey entre autres. L’écrivain et dramaturge a rassemblé sa « bande », pour plonger dans l’histoire d’une famille révélée au fil des enterrements ou mariages. Comme toujours, le texte est roi chez Pascal Rambert, il faut donc aimer les mots. Quelques spectateurs partent d’ailleurs avant la fin. Pendant plus de deux heures, Pascal Rambert se penche sur cette famille dysfonctionnelle dont les traumatismes se transmettent d’une génération à l’autre. L’immense talent des acteurs, la justesse de certaines répliques, le regard porté sur l’époque et les générations et un certain humour finissent par convaincre. Une analyse au scalpel plutôt réussie des travers et non-dits familiaux.
Toute la famille ou presque est réunie pour l’enterrement de la mère de Jacques. Chacun partage ses souvenirs, règle ses comptes, déverse ses rancœurs ou ses joies…
Une grande tente de réception occupe l’ensemble du plateau. Les murs de bâche accueillent tables et bancs, un environnement provisoire à la blancheur clinique. Les membres de la famille entrent et sortent, les hommes en costumes de cérémonie, les femmes vêtues de robes colorées. Dans un souci de réalisme accentué, chaque personnage a le prénom du comédien qui le joue. Et quels acteurs ! Jacques Weber joue un vieillard gâteux et irascible très crédible, Audrey Bonnet est bouleversante, ses face à face avec Stanislas Nordey, tout en tension, sont inoubliables. Quel délice que l’accent italien de Marilu Marini qui égrène ses souvenirs ! Tous sont à leur place, avec sincérité.
L’époque est sans cesse convoquée : groupes WhatsApp, virage des politiques à droite, Angélica Liddell, Trump, fin de l’USAID, tout est daté, bien répertorié. C’est même l’une des forces du spectacle de capturer le moment, les expressions, les « du coup » à répétition, les magasins « Desigual » offensants.
L’humour s’immisce dans les moindres recoins pour tenter de désamorcer les bombes familiales : l’étrange forme de l’urne choisie pour la grand-mère, les confidences grivoises de Marilu, les crises de nerf d’Arthur, la préfecture de Tulle… Le trop sérieux est désamorcé, la gauche caviar sombre.
Que dire de cette famille et de ces tensions ? La cohabitation des générations montre à quel point les blessures se transmettent, les secrets pourrissent. Tout problème non traité ressurgit, allant jusqu’à la démence de la sœur qu’on ne voit jamais.
Si l’ensemble finit par l’emporter, il y a des longueurs, des chansons ratées à côté d’autres très réussies. Il faut tout le talent des acteurs pour porter un texte écrit pour eux sans doute, mais lourd et gorgé de mots. Une aventure en soi.
Emmanuelle Picard

Photos Louise Quignon