« NEXUS DE L’ADORATION », LE FLAMBOYANT INVENTAIRE DU MONDE DE JORIS LACOSTE

NEXUS DE L’ADORATION – Conception, texte, musique, mise en scène, chorégraphie Joris Lacoste – MC 93 Bobigny – Du 4 au 7 décembre 2025. Dans le cadre du Festival d’automne à Paris.

(Une fois n’est pas coutume, nous publions un autre regard sur cette pièce, en contrepoint de l’article que nous avions publié de notre chroniqueuse qui l’avait vue -et peu appréciée- lors du dernier festival d’Avignon)

C’est une lente chorégraphie des officiants dans une brume discrète. Fond d’orgue à tendance répétitive hypnotique. L’adoration a déjà commencé quand nous entrons. Peut-être depuis longtemps. Ou peut-être que rien n’est fini. L’espace semble immense. Comme une cathédrale païenne bardée de lumières disco. C’est Nexus. Joris Lacoste en maître d’œuvre accompagné d’une bande d’acteurs musiciens danseurs performeurs tous formidables au féminin et au masculin. Ils et elles vont manier avec un indéniable brio l’art de la liste. Près de deux heures trente mais tout pourrait ainsi perdurer. Le temps des choses deviendrait infini. Ou plutôt ne semblerait plus exister.

Nexus. En latin « lié ». Connexion entre différents éléments. Et aussi jonction intercellulaire. Et aussi psychotrope. Et aussi vocable employé dans les jeux vidéos. Et aussi dans la Rome antique, citoyen ne pouvant payer ses dettes et devenant esclave de son créancier. Et aussi d’autres choses. Toutes ces « choses » justement. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Les choses. Un grand récitatif finement orchestré de tous ces concepts divers et variés qui agitent le monde. Le forment et le déforment. Dans une globalité ouverte. Lui donnent sens ou non sens. L’emplissent ou le vident. Choses du quotidien ou d’ailleurs. Futiles inutiles volatiles ou fertiles. Et nous, « frères humains » unis dans le grand fatras du monde comme soudain peuple d’une planète qu’on pourrait dire surréaliste. Unis au gré des listes. Des convergences. Des divergences. Des ressemblances. Des différences. Des utopies et des croyances. De nos banalités perdues. Éclats de nos jours fragiles. De nos parcours tangente. De nos folies. Solos ou collectives. Fragments de notre consumérisme effréné. Fulgurances intellectuelles. Chants monstrueux de nos désordres. Le Nexus devient un long poème de nos quotidiens épiques et désordonnés. De nos conquêtes. Abandons. De nos espoirs. Désespérance. De nos tristesses. Joies. De nos plaisirs. Douleurs. De nos slogans et revendications. De nos doutes. Certitudes et vérités. Vérités et mensonges. Raison et déraison. De notre nostalgie. De nos lâchetés et de nos mesquineries. De nos rêves et de notre cauchemar collectif. Bref de notre puissance et de notre déglingue. De notre grand « tout et n’importe quoi ». De notre grand « piano désaccordé ». De toutes ces choses nommées ou à venir.

C’est chanté. Dansé. Scandé. Passé au vocodeur. Empli de musique et de lumière. C’est joyeux. Tonique. Ironique et cruel. Intime et universel. Sublime et dérisoire.

C’est un cérémonial qui feuillette le monde avec lucidité. Parfois même à l’envers. Ce sont des actrices et des acteurs – ceux qui actent- qui ont visiblement plaisir à nous énumérer ce que nous inventons pour vivre et peut-être parfois survivre. Slip rose Barbie et cuissardes de cuir noir short de boxe ou mini kilt sur bas résilles. À la trompette au synthé à la guitare ou à la batterie, pétillants langoureux séducteurs ou nostalgiques ils nous tendent leur miroir avec légèreté malice et gravité. Nous donnent à voir et à entendre ce long et beau poème. Nexus le poème de vie. De mort. Peut-être d’une autre vie.

Arthur Lefebvre

Distribution : Scénographie et lumièresFlorian Leduc – Collaboration à la danse Solène Wachter – Collaboration musicale et sonore Léo Libanga – Costumes Carles Urracain – Interprétation et participation à l’écriture Daphné Biiga Nwanak, Camille Dagen, Flora Duverger, Jade Emmanuel, Thomas Gonzalez, Léo Libanga, Ghita Serraj, Tamar Shelef, Lucas Van Poucke – Son Florian Monchatre – Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie Raphaël Hauser – Coaching vocal Jean-Baptiste Veyret-Logerias – Régie plateau Marine Brosse, Seydou Grépinet – Théologie Assia Turquier-Zauberman – Avec la participation artistique du Jeune théâtre national et du dispositif d’insertion de l’Ecole du TNB.

En tournée :
Le Lieu unique, Scène nationale de Nantes 19 et 20 décembre
Comédie de Clermont-Ferrand dans le cadre du Festival TRANSFORME 7 et 8 janvier 2026
La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois 27 mars 2026
Les Célestins, Théâtre de Lyon dans le cadre du Festival TRANSFORME 31 mars au 3 avril 2026

Photos Christophe Raynaud de Lage

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