UN CONTE DE NOËL : DANS LE SINAÏ, COMMENT LE DICTATEUR SISSI ENCERCLE SAINTE-CATHERINE POUR L’ÉRADIQUER DE L’HISTOIRE DU PAYS

L’IMAGE DU JOUR. NOËL DANS LE SINAÏ, OU COMMENT LE DICTATEUR SISSI EST EN VOIE D’ISOLER SAINTE-CATHERINE, LE PLUS ANCIEN MONASTÈRE D’ÉGYPTE.

Dans Le Sinaï, désert immense, où règnent déjà les » lois » claniques archaïques des tribus bédouines, comme les « lois » musulmanes obscurantistes des mouvements islamiques -omniprésents dans ce territoire autarcique très éloigné de la capitale- la « raison d’Etat » du gouvernement du dictateur Sissi, pousse à ce que le monastère copte de Sainte-Catherine, qui est le plus ancien monastère chrétien habité au monde, voit peu à peu grignoter ses terres et les villages qui l’entourent par les spéculateurs immobiliers, sous la bénédiction d’un général-président qui, à l’instar d’Erdogan, autre révisionniste chevronné, cherche à éradiquer toutes traces de l’histoire chrétienne de son pays.

Un projet immobilier et hôtelier gigantesque s’est mis en branle, ravageur, vorace, conçu soi-disant pour « réactiver » l’économie de la région, afin d’attirer un tourisme de masse sur le territoire de Sainte-Catherine, haut lieu de pèlerinage et de randonnées sur le Mont Sinaï, et accessoirement terre des tribus bédouines depuis la nuit des temps, peu désireux de subir ces nouveaux envahisseurs.

Au sommet de ce Mont Sinaï, s’écrit, selon les trois religions du Livre, l’un des épisodes les plus « éloquents » de la Chrétienté et des deux autres religions monothéistes. Ainsi, là, sur cette montagne pelée mais oh combien aimantée, « dieu » aurait parlé à Moïse, et « nous » aurait transmis le texte des « dix commandements ». Une histoire de croyants, à laquelle nous ne sommes pas obligés d’adhérer…

Cependant, en attendant que se « révèle la vérité » de « dieu », les Bulldozers sont en action et ont entrepris un chantier titanesque dans la vallée, un véritable dol des terres du monastère et des villages alentours, qui trouble gravement le silence et la quiétude du Mont Sinaï et de Sainte-Catherine, une retraite spirituelle indispensable aux croyants comme aux athées, pour apprécier pleinement la beauté du paysage et la qualité émotionnelle de ce site unique au monde, qui dégage une aura singulière.

Selon Le Figaro, « Des experts en patrimoine et des habitants accusent les travaux d’avoir déjà abîmé le site, classé réserve naturelle et patrimoine mondial de l’Unesco. Il abrite le plus ancien monastère chrétien continuellement habité au monde et des tribus de Bédouins, désormais inquiets pour leurs terres ancestrales« . Plus loin, le journal reprend : «La Sainte-Catherine que nous connaissions n’existe plus. La prochaine génération ne connaîtra que ces bâtiments», se désole un guide expérimenté de la tribu Jabaliya, en pointant un hôtel cinq étoiles, près d’une oliveraie où les bips d’un bulldozer en marche arrière couvrent le chant des oiseaux. Comme plusieurs témoins interrogés sur ce projet d’un budget de près de 300 millions de dollars, baptisé «Grande Transfiguration» ou «Révélation de Sainte-Catherine», ce guide a demandé l’anonymat par crainte de représailles. »

De toute évidence, le général-président Sissi, à l’image de son alter ego Erdogan, est en train de kidnapper le « roman national » de son pays, réécrivant l’Histoire même de l’Égypte, dont il faut se souvenir qu’elle n’est musulmane que depuis très peu de temps, au regard de l’immense période durant laquelle s’est développée la grandeur de l’Égypte antique, celle des pharaons, puis celle des Grecs et des Romains, et encore celle des premiers chrétiens, sans compter les diverses colonisations des empires ottoman, anglais et français qu’elle a subie durant les deux derniers siècles avant le nôtre…

Mais Sissi est un dictateur de fait, et tout comme ses semblables, réécrire l’Histoire de son pays et effacer de la mémoire d’un peuple et des manuels scolaires, rayer d’un paraphe présidentiel sur un document officiel les civilisations qui ont précédé la sienne, personnelle, -celles des imams et des généraux- font partie du b.a.b.a d’un apprenti autocrate, bien heureux de se servir du prétexte religieux pour affirmer sa main-mise sur tout un pays et son histoire réelle, à l’image d’un Erdogan qui a fait de même dans le sien, trahissant le fondateur de la république laïque de Turquie Atatürk, qui dès 1923, pourtant, avait dé-musulmanisé la Turquie pour l’ouvrir aux Lumières et à la modernité…

Sissi s’inspire ainsi de ses prédécesseurs rétrogrades comme Anouar El Sadate, qui fut un fidèle de Nasser, et pourtant sitôt élu à sa succession trahit l’idéal démocratique, anti-musulman et pan-arabe de son mentor, le vrai réformateur de l’Égypte moderne, et celui qui lui avait mis à l’étrier et l’avait propulsé en politique- Un Nasser hélas trop tôt décédé pour achever son rêve, celui d’ouvrir son pays à la modernité et l’émanciper du joug des imams et des obscurantistes… Sous Nasser, comme sous Atatürk, les femmes purent se dévoiler, se mettre même en mini-jupes, se voyaient encouragées à aller à l’Université, à voter et à travailler… Un rêve éveillé que ses successeurs -les Sadate, donc, Moubarak et désormais Sissi- ont mis bas par la grâce de coups d’état ou d’élections truquées, se servant de l’emprise de la religion, de ses imams dévoyés, ainsi que de l’influence incontournable de l’armée -surpuissante dans l’Égypte d’aujourd’hui- pour anéantir tout espoir de libération dans la population…

En attendant, l’association World Heritage Watch a appelé -en vain pour l’instant- l’Unesco à inscrire le site de Sainte-Catherine sur la liste des patrimoines en danger. Le problème, de taille, c’est que l’organisation ONUsienne a élu tout récemment à sa tête Khaled El-Enany, l’ex-ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, soit un zélateur appliqué de l’autocrate Sissi… Un souci, non ? D’autant que c’est sous son mandat de ministre que l’Égypte a lancé ce projet à Sainte-Catherine tandis qu’en même temps, curieuse coïncidence, il faisait démolir au Caire des arpents entiers de l’historique cimetière de la Cité des Morts (un site également classé Unesco)…

Paradoxalement, ce cimetière qui constitue la plus grande nécropole du moyen-orient est… musulman. Il a été créé voici 1400 ans environ, après que l’Islam eut pénétré l’Égypte et abrite des milliers de tombeaux de dignitaires, qui sont souvent de pures oeuvres d’art islamique. Mais le projet routier mégalo de Sissi qui consiste à relier le Caire à la nouvelle future capitale administrative du pays fait loi. Ici encore, la raison d’Etat du général-président prévaut sur l’Histoire, le fait que cela touche un édifice musulman emblématique du Caire importe peu aux yeux de l’autocrate qui fait passer ses désirs de puissance et l’affichage de son pouvoir avant toute autre considération.

Marc Roudier

Images: 1- Le monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï – 2- Le village de Sainte-Catherine sous la neige – Photos DR

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