
ENCORE UN – Ecriture Yann Verburgh, Tess Boutmann – Adaptation Tess Boutmann – Mise en scène Tess Boutmann assistée de Shadya Karbal – Lavoir Moderne Parisien du 7 au 11 janvier 2026
Il est des spectacles que l’on pourrait dire timides ou maladroits. Qui ont besoin de prendre corps. Qui ont besoin d’avancer encore un peu. D’être joués sans doute pour être plus matures. Mais dont il faut parler. Parce qu’ils sont porteurs d’un vrai propos. D’une revendication. Ou d’un témoignage. Parce qu’ils sont sincères. C’est le cas pour « Encore un » présenté par la jeune Compagnie LamaLo au Lavoir Moderne Parisien.
Le LMP est un petit théâtre du 18eme arrondissement de Paris. Un théâtre dans le quartier de la Goutte d’Or. Brut. Simple. Accueillant et chaleureux. Animé ou plutôt porté à bout de bras par la Compagnie Graines de Soleil depuis 2014. Leur objectif repose sur l’inter culturalité et le soutien à la création contemporaine. Une programmation variée pour croiser les regards. Interroger notre monde. Provoquer la rencontre de talents émergents avec d’autres plus affirmés et reconnus. Rêver demain dans un théâtre atypique et inspirant.
Rêver demain serait avec la Compagnie Lamalo et leur spectacle « Encore un » celui de la tolérance. Celui de l’acceptation de l’autre dans toute sa différence. Ici l’homosexualité. Demain serait un monde sans violence. Et pas celle-ci en l’occurrence. Pas cette haine-là. Parfois terrible et implacable. Plus souvent sournoise mais toute aussi violente.
Une émission de télévision. C’est le fil rouge. Une « spéciale homophobie ». Et le récit d’un militant d’association observateur du monde. Les témoignages s’enchaînent. Les pays se suivent. Ici très près ou là-bas si loin. Se ressemblent parfois dans le cruel et abject rejet de l’autre. Abject parce que détruire en est la triste réalité. Briser. Casser. Laminer. Brûler. Rien n’est trop pour éradiquer celles ou ceux qui n’ont d’autre tort que d’être dans une différence. Âcres parfums d’extrême-droite. De totalitarisme. D’extrémisme ou encore d’intégrisme religieux. Immonde odeur de la bêtise.
Bien sûr le seuil de tolérance a évolué. Les lois aussi. Bien sûr il existe des vies tranquilles. Bien sûr il existe des sexualités épanouies. Mais combien d’humiliations ? D’insultes. De petits crachats comme ça. En douce. L’air de rien. Combien de non dits ? Combien de silences douloureux ? De vies cachées. D’enfants rejetés des familles. Comme ces mots terribles d’une mère à sa fille. Ces gestes insidieux et perfides au boulot.
Au début du spectacle on entend ces mots-là. Pendu. Défenestré. Être libre. Qui résonnent avec force.
Le spectacle se fait témoin. Avec parfois un discours un peu trop didactique. Ou joue de quelques clichés inutiles. Le mur blanc au je t’aime. Ou se perd dans les méandres d’un tournage un peu anecdotique. D’autres moments sont par contre émouvants. Instants très forts. Comme cette mère qui retrace quelque part en Bulgarie le chemin de son fils. L’itinéraire de la désolation. Le parc. L’agression. Sauvage. Gratuite. Très beau moment d’une sensible émotion. Ehsan et Ali pendus en Iran. Violence inouïe. Et puis ce corps brûlé. Ce récit terrifiant. Geste après geste. Innommable agression. Le corps de Benjamin arrosé d’essence dans un bois de Normandie. Et puis ça enfin. Est-ce que tu veux m’épouser ? Il lui demande ça. Et c’est tout à coup comme un exorcisme de la peur. Immense défi à toutes les intolérances. Est-ce que tu veux m’épouser ? Il le dit à nouveau. Avec candeur. Innocence. Il sait à ce moment là le risque immense de sa demande.
C’est de tout cela dont nous parle « Encore un ». Construit d’après « Ogres » de Yann Verburgh il nous dit ces parcours perdus dans le tumulte du monde. Destins anonymes. Ces douleurs. Ces combats. Ces fiertés. Dernières images. Colorées joyeuses et revendicatrices. La Gay Pride. Marche des fiertés en rappel des violences lors des émeutes de Stonewall. New York 1969. Quand forces de police et communauté LGBTQ+ s’affrontent pendant plusieurs jours.
Les cinq interprètes multiplient les rôles avec une évidente sincérité. Se partagent les chemins souvent avec justesse. Ils pourraient néanmoins oser davantage. Dire peut-être plus frontalement toute cette violence et tout cet amour. Ils donneraient ainsi à leur spectacle la force et l’intensité qu’il n’a pas encore tout à fait. Lui donnerait aussi un autre rythme plus marqué. La puissance de chaque mot est importante pour dire ces bribes de vie parfois si fragiles. Si dangereusement fragiles. Toujours à portée d’intolérance.
Un théâtre documentaire éminemment nécessaire. À découvrir au détour d’une programmation future. Souhaitons le.
Arthur Lefebvre
Avec Cheik Ahmed Thani, Tess Boutmann, Walid Chokman, Lou Labussière, Nassim Meziane
Partenaires / Soutiens Adami déclencheur, SOS homophobie