
DISPARITION. Valère Novarina, dramaturge et Poète du Théâtre.
Le grand dramaturge, poète et artiste Valère Novarina s’est éteint le 16 janvier à Paris. Il avait 83 ans.
Auteur d’une cinquantaine de pièces, la plupart éditées chez P.O.L, le théâtre de Valère Novarina est singulier. L’alchimiste du verbe y déploie son obsession des noms, sa virtuosité du verbe. Un franc-tireur du théâtre qui aura profondément marqué sa discipline, avec notamment des pièces iconiques comme Le Discours aux animaux (1987), La Chair de l’homme (1995), L’Espace furieux (1997), inscrit au répertoire de la Comédie-Française, L’Origine rouge (2000), La Scène (2003), L’Acte inconnu (2007), Le Vivier des noms (2015), Le Jeu des Ombres (2020), Les Personnages de la pensée (2023… dont beaucoup furent créées au Festival d’Avignon,
Se définissant comme un « pirate », Valère Novarina déploie une langue unique, solaire et remuante, une poésie tonitruante qui a illuminé le théâtre.
« Il m’a révélé que tous les mots qui existent sont à moi et que je pouvais en faire ce que je voulais. Il m’a révélé que la parole même la plus quotidienne est absolument merveilleuse et fait acte de poésie tout de suite. C’est rare de côtoyer un vrai poète dans cette époque de cuistres », dit de lui Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène dès le 17 janvier sur France Culture.
Le dramaturge aura mis lui-même en scène plusieurs de ses pièces : Le Drame de la vie, Vous qui habitez le temps, Je suis, La Chair de l’homme, Le Jardin de reconnaissance, L’Origine rouge, La Scène, L’Acte inconnu, Le Vrai Sang.
Valère Novarina fut un aventurier infatigable du verbe. Il a toujours su faire du théâtre un lieu singulier de l’exploration de la langue, de son chaos et de ses jaillissements. Des fulgurances verbales d’où les mots explosaient comme une pâte primordiale, pétrie d’une puissance sans égale. Convaincu que le théâtre est une expérience poétique où se télescopent toutes les scories, les sous-couches et les résurgences d’une langue vitale, Valère Novarina aura tenu en haleine les amants du théâtre jusqu’au bout du souffle de sa nuit lumineuse.
M.R.
Oeuvres théâtrales de Valère Novarina :
L’Atelier volant (1974), pièce de théâtre.
Falstafe d’après Henry IV de William Shakespeare (1976), créé au théâtre du Gymnase de Marseille et repris au Théâtre national de Chaillot, éd. Ch. Bourgois ; rééd. P.O.L, 2008,
Le Babil des classes dangereuses (1978), roman théâtral, éd. Ch. Bourgois (rééd. 2011)
La Lutte des morts (1979), roman théâtral, éd. Ch. Bourgois
Lettre aux acteurs (1979), éd. l’Énergumène
Le Drame de la vie (1984), créé au Festival d’Avignon, reprise au Festival d’automne à Paris, éd. P.O.L ; rééd. Poésie/Gallimard, 2003 ; nouvelle version Le Drame de la vie – fragment, crééé au théâtre Nanterre-Amandiers.
Le Monologue d’Adramelech (1985), créé au Festival d’Avignon, reprise au Festival d’automne à Paris
Cent dessins (1986)
Pour Louis de Funès (1986)
Le Discours aux animaux (1987), créé au Festival d’Avignon, reprise au Festival d’automne à Paris
Théâtre (1989) ; ce volume réunit les cinq premiers textes publiés par Valère Novarina et qui étaient épuisés : L’Atelier volant, Le Babil des classes dangereuses, Le Monologue d’Adramélech, La Lutte des morts, Falstafe.
Le Théâtre des paroles (1989) (rééd. 2009).
Vous qui habitez le temps (1989), créé au Festival d’Avignon, reprise au Festival d’automne à Paris
Pendant la matière (1991)
Je suis (1991), créé au théâtre de la Bastille dans le cadre du Festival d’automne à Paris
L’Animal du temps (1993), adaptation théâtrale
L’Inquiétude (1993), adaptation théâtrale créée au Festival d’Avignon, reprise au Festival d’automne à Paris
Le Feu (1994), écrit avec Thérèse Joly
La Loterie Pierrot (1995)
La Chair de l’homme (1995), créé au Festival d’Avignon
Le Repas (1996)
Le Jardin de reconnaissance (1997), créé au théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet
L’Espace furieux (1997), inscrit au répertoire de la Comédie-Française
L’Avant-dernier des hommes (1997)
L’Opérette imaginaire (1998)
Devant la parole (1999)
L’Origine rouge (2000), créé au Festival d’Avignon
L’Équilibre de la croix (2003)
La Scène (2003), créé au Festival d’Avignon et repris au théâtre de Vidy (Lausanne)
Lumières du corps (2006), recueil d’aphorismes sur le théâtre, éd. P.O.L
L’Acte inconnu (2007), créé au Festival d’Avignon (cour d’honneur)
Le Monologue d’Adramélech (2009), éd. P.O.L
L’Envers de l’esprit (2009), éd. P.O.L
Le Vrai Sang (2010), créé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe (mise en scène de l’auteur)[28], janvier 2011, éd. P.O.L, 2011
Je, tu, il (2012), éditions Arfuyen
La Quatrième Personne du singulier (2012), éd. P.O.L
Jean Dubuffet, Valère Novarina, Personne n’est à l’intérieur de rien (Correspondance, 1978-1985), L’Atelier contemporain, (2014).
Le Vivier des noms (2015), éd. P.O.L
Voie négative (2017), éd. P.O.L
L’Homme hors de lui (20018), créé au Théâtre national de la Colline (mise en scène de l’auteur), éd. P.O.L
L’Animal imaginaire (2019), éd. P.O.L, création (mise en scène de l’auteur) à l’Odéon-Théâtre de l’Europe
Le Jeu des Ombres (2020), créé par le TNP Villeurbanne à la Fabrique A à Avignon, éd. P.O.L
Les Personnages de la pensée (2023), créé au Théâtre national de la Colline
LIRE L’INTERVIEW DE L’AUTEUR AUTOUR DU « VIVIER DES NOMS » : https://inferno-magazine.com/2026/01/20/valere-novarina-poete-du-theatre-et-de-la-parole-incarnee-2/


Images: Photo de Une Huma Rosentalski / 2- Le Vivier des noms photo C. Raynaud De Lage Festival d’Avignon / 3- L’Acte inconnu Photo C. Raynaud De Lage Festival d’Avignon