À ORSAY, LES FORMES DU FEMININ EN BEAUTÉ DANS LES DESSINS ET ÉTUDES DE RENOIR

MAGAZINE. RENOIR DESSINATEUR – Au Musée d’Orsay, Paris, jusqu’au 5 juillet 2026.

Le musée d’Orsay propose jusqu’au 5 juillet une plongée inédite dans l’univers graphique d’Auguste Renoir. Cette présentation, fruit d’une collaboration avec la Morgan Library & Museum, rassemble près d’une centaine de créations sur papier et révèle une dimension longtemps méconnue de l’artiste.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Renoir n’a jamais cessé de manier crayons, fusains et autres pastels. Son fils Jean rapportait d’ailleurs qu’il ne laissait « jamais passer un seul jour sans griffonner quelque chose ». Pourtant, ces feuilles sont restées dans l’ombre de ses toiles éclatantes, formant un pan méconnu de sa production. Le parcours proposé couvre six décennies de création, depuis ses années d’apprentissage dans un atelier parisien jusqu’à ses derniers jours sur la Côte d’Azur. On y découvre un artiste qui a exploré avec curiosité tous les outils disponibles : mine de plomb, encre, pigments secs en bâtonnets, pierre rouge naturelle, lavis colorés…

Particulièrement remarquable est sa pratique des pigments secs, qui lui permettent d’allier spontanéité du geste et richesse chromatique. Ces œuvres poudreuses, aux effets veloutés, témoignent d’une recherche constante sur les contrastes et les vibrations lumineuses. Certaines ont d’ailleurs été présentées au public de son vivant, reconnaissance rare pour des travaux sur papier à cette époque.

Un moment charnière se dessine au milieu de la décennie 1880. Après avoir connu le succès, Renoir traverse une période d’interrogation profonde sur sa pratique. C’est alors qu’il revient massivement aux études préparatoires, multipliant les recherches avant d’aborder la toile. Son projet ambitieux représentant des femmes au bain génère ainsi une vingtaine d’études, certaines de dimensions considérables. Ces feuilles témoignent d’un processus de construction minutieux, loin de l’image d’une création spontanée. On y observe l’artiste cherchant inlassablement la courbe idéale, la torsion juste, l’équilibre parfait.

En donnant enfin toute sa place à ce versant graphique, le musée d’Orsay ne se contente pas de compléter notre connaissance de l’artiste : il en transforme la perception. Ces feuilles révèlent un créateur méthodique, expérimentateur infatigable, dont la quête formelle n’a jamais cessé d’évoluer. Elles montrent aussi combien les différentes techniques se nourrissaient mutuellement dans sa pratique, chacune enrichissant les autres dans un dialogue permanent.

Cette exposition technique mais lumineuse séduira particulièrement ceux qui souhaitent comprendre les coulisses de la création, observer comment naissent les formes et comment un artiste construit patiemment son langage visuel. Une découverte qui change le regard sur un maître que l’on croyait connaître.

Au Musée d’Orsay jusqu’au 5 juillet 2026.

Commissariat:

  • Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay ;
  • Colin B. Bailey, Katharine J. Rayner Director, Morgan Library & Museum, New York ;
  • Anne Distel, conservatrice générale honoraire du patrimoine, musée d’Orsay ;
  • Sarah Lees, Research Associate to the Director à la Morgan Library and Museum, New York ;
  • Cloé Viala, chargée d’études documentaires au musée d’Orsay.

Valérie Leah

Images: 1- Auguste Renoir (1841-1919) Trois baigneuses au bord de l’eau, vers 1881 – 1882 Crayon noir ; rehauts de craie blanche ; sanguine H. 108 ; L. 162 cm Avec cadre: 127,5x182x 8cm Collection Musée d’Orsay – Département des Arts Graphiques du musée du Louvre, Paris Donation sous réserve d’usufruit Jacques Laroche, 1947 © photo : GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Michel Urtado – 2- Auguste Renoir (1841-1919) Nu féminin assis, s’essuyant le pied gauche, 1890 Trois crayons H. 56 ; L. 46 cm Collection Musée d’Orsay – Département des Arts Graphiques du musée du Louvre, Paris Dation, 1978 © photo : RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Gérard Blot 3- Auguste Renoir (1841-1919) La Cueillette, date indéterminée Aquarelle ; gouache ; mine graphite ; vernis H. 34 ; L. 31 cm Collection Musée d’Orsay – Département des Arts Graphiques du musée du Louvre, Paris Achat, 1949 © photo : RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Daniel Arnaudet – 4- Auguste Renoir (1841-1919) Paul Cézanne, 1880, Pastel sur papier, 52,7 × 42,5 cm Collection particulière Photo : Collection particulière – 5- Auguste Renoir (1841-1919) Étude pour La Coiffure, 1900-1901, sanguine et craie blanche sur papier monté sur toile, 145,5 × 103 cm Paris, Musée national Picasso, donation Picasso, 1978. Donation Picasso, 1978. Collection personnelle Pablo Picasso, inv. MP 2017-54 © photo : GrandPalaisRmn (musée national Picasso-Paris)/ Mathieu Rabeau – 6- Auguste Renoir (1841-1919) Feuille d’études, date indéterminée mine de plomb, plume et encre noire, aquarelle sur papier, 32,5 x 49,5 cm Collection Musée d’Orsay – Département des Arts Graphiques du musée du Louvre, Paris Don de la société des Amis du Louvre, 1937 © photo : RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Tony Querrec – 7- Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) Madeleine Adam, 1887, Pastel et graphite sur papier, avec cadre 60 x 48 cm Collection de Diane B. Wilsey Photo : Collection Diane B. Wilsey – 8- Auguste Renoir (1841-1919) Jeune fille assise au chapeau blanc, vers 1890-1895, Pastel sur papier, 62 × 47 cm Paris, musée Marmottan Monet, don de Nelly Sergeant-Duhem, 1985, inv. 5330 © musée Marmottan Monet.

Laisser un commentaire