À BRUXELLES, DOMINIQUE SERRON SIGNE UN « FIGARO » SANS COMPROMIS ET ACCESSIBLE

CRITIQUE. « Le mariage de Figaro, la folle journée » – D’après Beaumarchais – Mise en scène et arrangement texte original : Dominique Serron (*) – scénographie : Claire Farah (*) ; avec dans le rôle-titre : Félix Vanoorenberghe (**). Au théâtre Royal du Parc à Bruxelles jusqu’au 18 avril 2026. Durée : 2h45 entracte inclus. À partir de 12 ans.

« Un droit à l’existence qui n’a ni âge, ni époque »

« Une comédie joyeusement impertinente, pour rire, imaginer, penser, mais surtout, se sentir terriblement vivant ». Dominique Serron.

Ne vous y trompez pas ! Bien qu’il s’agisse avant tout d’une comédie, Le Mariage de Figaro, « sous son apparente légèreté, interroge aussi l’égalité, les privilèges et l’humanité », comme le souligne la metteuse en scène, Dominique Serron, directrice de L’infini théâtre (fondé en 1986). Mais son message va plus loin, car les thèmes qu’elle explore sont d’une actualité frappante, notamment en ce qui concerne les rapports de pouvoir, la condition féminine, le désir, la quête de justice et les inégalités sociales. Elle nous invite assurément à la réflexion. Artiste maintes fois récompensée et forte de centaines de mises en scène, Dominique Serron aime défendre « une forme d’utopie culturelle, un engagement envers l’art et sa transmission » (**), en centrant son travail sur les relations humaines. Dans cette version épurée du texte de Beaumarchais, comme avec la plupart de ses créations, elle recherche une « accessibilité sans compromis ». La pièce est simplifiée, sans trahir son essence, afin d’en préserver le langage, explique-t-elle. Un spectacle qui « parle de nous, de nos désirs, de nos contradictions, de notre soif de justice ». Pour le rôle-titre, Figaro, Serron choisit Félix Vanoorenberghe. Le personnage devient narrateur de sa propre histoire. Brillant, il apporte une dimension exceptionnelle à la pièce. Le public est captivé. La distribution est superbe (*). Luc Van Grunderbeeck est absolument irrésistible dans les rôles de Basile et du Juge Brid’oison. Laurent Capelluto dans celui du Comte Almaviva est remarquable, incarnant le personnage avec naturel, humour et une subtilité saisissante.

« Ce courageux témoignage de l’Histoire par le théâtre, nous touche aujourd’hui peut-être plus que jamais. Il dessine avec une certaine élégance le triste portrait d’une société chaotique. L’homme toujours un pied dans la guerre, doit sans cesse y prouver sa vitalité, sa virilité à toute épreuve et les femmes abusées, méprisées y sont condamnées à vivre dans la détresse ».  Dominique Serron.

Synopsis : Au château d’Aguas Frescas, à Séville, Figaro -le valet de chambre du Comte Almaviva- et Suzanne -la première camériste de la Comtesse Almaviva-  sont fous de joie, c’est le jour de leurs noces. Ils vont enfin se dire oui. Leur bonheur est immense. Mais tout ne se déroule pas comme prévu et pour cause, le Comte Almaviva, bien que marié, essaie de s’attirer le cœur de la belle. Et si le droit de cuissage n’est plus en vigueur (du moins en théorie), son désir est si fort qu’il n’a d’autre choix que de le satisfaire, coute que coute. Malentendus, lettres anonymes, chantages, intrigues et même une dette viendront pimenter cette journée déjà mouvementée. Figaro, orphelin, ne se sent pas toujours à sa place dans ce monde ; il doit souvent se battre pour réussir.  Ruser même. Ses choix de vie ne sont pas toujours judicieux, mais il reste fidèle à lui-même et n’entend pas s’arrêter là. Il entreprend alors une lutte contre les privilèges. Quant à Suzanne, elle, n’a aucune intention de se laisser faire et compte bien lutter contre la domination masculine, et même, revendiquer l’égalité naturelle.

SUZANNE : Apprends qu’il la destine à obtenir de moi, secrètement, certain quart d’heure,         seul à seule, qu’un ancien droit du seigneur… Tu sais s’il était triste !

FIGARO : Je le sais tellement, que si monsieur le comte, en se mariant, n’eût pas aboli ce droit honteux, jamais je ne t’eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE : Eh bien ! s’il l’a détruit, il s’en repent ; et c’est de ta fiancée qu’il veut le racheter en secret aujourd’hui.

Que va-t-il arriver à Suzanne et Figaro ? Quel genre de jeune homme est vraiment Figaro ? Comment la comtesse réagira-t-elle ? Jusqu’où ira le comte Almaviva pour parvenir à ses fins ? Qui est cette femme qui surgit soudainement dans la vie de Figaro, et quelle promesse lui a-t-il faite ? Que cache le médecin ? Le juge possède-t-il les compétences nécessaires pour démêler cette histoire ?

Le décor, simple et lumineux, se compose d’une porte, de quelques meubles, de rideaux et d’un parquet – un décor de théâtre classique. De beaux costumes.  Les acteurs manipulent eux-mêmes le mobilier, le déplaçant au gré des changements de lieu de l’histoire. Une scène particulièrement saisissante montre les personnages, déguisés en costumes noirs et masques de carnaval, se lancer dans une danse tout en déplaçant les objets. Cela semble prolonger la représentation. Cette scène est magnifique. La musique, tantôt classique (Mozart bien sûr) tantôt moderne, fait partie intégrante du spectacle. L’intrigue se déroulant en Espagne, les allusions musicales sont nombreuses et amusantes.

« Le mariage de figaro fait rire, certes, mais il nous rappelle que le droit à l’existence est universel ». Dominique Serron.

Rafraichissant ! Chaque détail est subtil et infiniment bien pensé. Le spectateur est souvent surpris par des scènes inattendues qui provoquent des rires.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, di Beaumarchais (1732-1799) mena une vie riche et mouvementée.  Avec la remise en cause de l’ordre social, l’égalité homme-femme naissante et l’ingéniosité des serviteurs face à leurs maîtres, il crée avec « Le Mariage de Figaro » un véritable chef d’œuvre. Écrite en pleine période des Lumières, cette œuvre a été censurée pendant plusieurs années par Louis XVI en raison de sa critique acerbe des privilèges de la noblesse. Il convient également de noter qu’il s’agit d’une œuvre féministe. Surprenant, étant donné qu’elle a été écrite au XVIIIe siècle et que les coutumes à la cour du roi étaient loin d’être innocentes, laissant peu de place aux droits des femmes !

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits »

« Le théâtre rassemble et nous apporte , l’espoir d’un soir, le rêve d’être les acteurs et les actrices d’un monde possible » souligne Dominique Serron.  En ces temps troublés, une telle proposition ne peut que faire du bien.

Longue et intense ovation du public : « Le mariage de Figaro”: à voir absolument au Théâtre Royal du parc à Bruxelles, jusqu’au 18 avril 2026

J’y vais,

Julia Garlito Y Romo

Distribution: Félix Vannoorenberghe (Figaro), Effée DurꟅen (Suzanne), Laurent Capelluto (Le Comte Almaviva), Laure Volglaire (La Comtesse), Pascale Vyvère (Marceline), Corentin Lini (Chérubin), Romane Lambert (Fanchette), Luc Van Grunderbeeck (Basile/le juge Brid’oison), Vincent Huertas (Bartholo/Antonio) – (*) Assistanat mise en scène : Estelle Renaud ; assistanat scénographie Chloé Shapira

(**) https://infinitheatre.be/

Photos : Aude Vanlathem

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