
RENCONTRES INTERNATIONALES DE LA PHOTOGRAPHIE 2026. 57e édition : « Des mondes à relire » – Arles – Du 6 juillet au 4 octobre 2026.
Cette 57e édition réunit une quarantaine d’expositions et déroule ses thèmes sous la bannière » Des mondes à relire « , sous-titre général de la manifestation cette année.
On peut donc s’attendre à beaucoup de photojournalisme et de photographie témoignage, même si les RIP ne sont pas traditionnellement exclusivement orientées sur ces catégories. Mais le monde va mal, et ce ne sont pas les sujets qui manquent : guerres aux 4 coins du globe, exactions, misère endémique, dérèglement climatique, délire autocratique et belliciste d’un Trump et de ceux d’autres de ses copains, fauteurs de guerre et de troubles, hélas au coeur de notre actualité…
Parmi les « chapitres » de la manifestation, deux sujets émergent : il s’agit de la question des indépendances, en Afrique comme sur les 3 rives de la Méditerranée. Ainsi beaucoup de photographes du continent africain participent-ils à cette 57e édition : on citera l’Ivoirien Paul Kodjo avec ses » Photoromance « , qui bénéficie d’une grande expo à La Croisière. Mais aussi l’artiste congolais Sammy Baloji qui occupera l’église des Trinitaires avec son exposition « Impala « , ou encore la grande mostra intitulée « Ghana » au Palais de l’Archevêché qui réunit une dizaine de photographes ghanéens autour de l’histoire de la naissance de cette jeune nation, une exposition à laquelle participe l’auteur de l’affiche des RIP Carlos Idun-Tawiah.
Autre événement corrélé à la problématique des 57e rencontres, une très belle expo de la Black artist Ayana V. Johnson, artiste militante de la cause des femmes noires dans les représentations qu’en ont les tenants d’une Amérique « blanche » depuis l’esclavagisme et la guerre de Sécession, un bel hommage à ce travail essentiel montré en l’Abbaye de Montmajour à Fontvieille.
Quant à la Méditerranée -on devrait plutôt parler de Méditerranées, tant elles sont multiples et diverses-, elle sera abordée sous l’angle de ses souffrances et de ses luttes, de ses révolutions avortées jusqu’aux linceuls des migrants avalés sans relâche par la Grande Bleue…
Plusieurs jalons parcourront cette relecture des Méditerranées, comme les images de Anne-Lise Broyer à Montmajour, ou « Le Roman Algérien » de la photographe Katia Kameli à l’église Saint-Blaise… Mais on retrouvera des artistes de toutes ses rives dans les grands chapitres de la 57e édition.
Ainsi de « Nos rêves lointains« , à l’Espace Monoprix, où se côtoieront Françoise Huguier, Bernard Plossu, Raymond Depardon mais aussi Sebastião Salgado, Josef Koudelka, Berenice Abbott, parmi tant d’autres… Toujours à l’Espace Monoprix, les » émergences » seront amplement représentées dans la sélection du Prix Découverte de la Fondation Roederer, mais aussi avec de beaux focus sur de jeunes photographes comme Amira Lamti, Phan Quang, Charlotte Yonga…
Mais on vient aussi aux RIP pour ses grands auteurs, dans le cadre d’expositions emblématiques des Rencontres comme le chapitre « Relectures » : cette année, entre autres, William Klein (encore…), au Musée Arlaten et Harry Gruyaert à la Chapelle du Méjan… On ne ratera pas non plus le grand hommage à l’iconique photographe new-yorkaise Martine Barrat donné à l’Espace Van Gogh, ainsi qu’une première en Europe, une monographie du travail de l’Américaine Ming Smith, en l’église Sainte-Anne…
Cela dit, on apprécierait que les Rencontres fassent plus cas des grands artistes internationaux qui ont comme medium principal la photographie, comme par exemple Nan Goldin, Cindy Sherman, Jeff Wall, Andrès Serrano, Sophie Calle, Andreas Gursky, Rauschenberg … entre autres,curieusement trop souvent absents des programmations des RIP, années après années -ou alors très chichement, comme s’il fallait être « dans le coup », mais avec une certaine réticence… Mais, bon, on a l’habitude, même si on déplore ce mépris affiché des organisateurs des Rencontres (à commencer par leur fondateur) pour l’Art contemporain, comme si ces deux « chapelles », l’Art et la Photographie étaient irréconciliables… De même, on aurait aimé un hommage à Martin Paar, ce grand photographe anglais, dont l’oeuvre justement se situe aux frontières de l’art contemporain et de la photographie, récemment décédé en décembre dernier…
Il reste néanmoins beaucoup à voir dans cette 57e édition, dont de nombreuses découvertes de jeunes artistes on l’espère, des Rencontres comme bien souvent ouvertes sur un monde qui bouge dans tous les sens, cette année plus que jamais… Un beau moment à partager sous l’oeil acéré de ces photographes et artistes de la photographie qui font plus que témoigner ou nous informer, mais nous alertent et bien souvent nous aident par leur enthousiasme communicatif à relire notre réalité d’aujourd’hui autrement, et qui sait ? à reconstruire un autre monde, plus ouvert, plus généreux, plus joyeux, en un mot utopique ? Mais les artistes sont là pour nourrir l’utopie et parfois celle-ci advient. En tout cas on y croit.
Marc Roudier
VOIR TOUT LE PROGRAMME ICI : https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/2026
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Images: 1, 3 & 4 : Carlos Idun-Tawiah – 2- Sammy Baloji – 5- Katia Kameli – 6 & 7- Martine Barrat – 8 & 9- Ming Smith – 10- Ayana V. Jackson ‘To be Black and Female in The spanish south-west, in the style of Selika Lazevski, 2023 – 11-Affiche des RIP 2026 – All images copyright the artists and RIP 2026, Arles.