
Hécube, pas Hécube – D’après Euripide – mes Tiago Rodrigues – Comédie Française hors les murs, au 13ème Art, Paris, jusqu’au 17 avril 2026.
Deux femmes, deux combats, deux millénaires d’écart et la « même douleur ». Avec Hécube, pas Hécube, Tiago Rodrigues signe une œuvre qui créé un miroir saisissant entre la tragédie grecque d’Euripide et un drame judiciaire contemporain, le tout sublimé par des touches d’humour inattendu. La pièce suit Nadia, comédienne qui répète le rôle d’Hécube tout en menant un combat juridique pour obtenir justice pour son fils autiste, maltraité dans une institution censée le protéger .
L’histoire démarre sur une répétition où la troupe de la Comédie-Française travaille le texte d’Euripide autour d’une grande table. L’atmosphère oscille entre légèreté et tension : Denis Podalydès plaisante et ironise, apportant des moments d’humour salvateurs. Mais Nadia (Elsa Lepoivre) est ailleurs, pressée de rejoindre le tribunal où se joue le sort de son fils Otis – prénom choisi en hommage à Otis Redding, dont la musique traverse le spectacle.
La force de la pièce est l’interaction croissante entre les deux récits. Le jeu des comédiens repose sur la mise en abyme où chacun jongle entre son rôle de répétition et son personnage tragique : Une véritable prouesse d’acteurs ! Denis Podalydès incarne avec la même justesse Agamemnon et le procureur, Loïc Corbery joue tour à tour le traître Polymestor et un secrétaire d’État aux éléments de langage politiques bien rodés . La performance d’Elsa Lepoivre constitue le cœur du spectacle. Elle incarne avec intensité la comédienne qui répète, Hécube qui réclame justice pour son fils assassiné, et Nadia qui se bat contre un système défaillant. Son jeu est riche en nuances.
La scénographie sobre mise sur l’essentiel: une table, quelques chaises, et surtout cette statue monumentale d’une chienne amputée d’une patte, métaphore de la mère prête à tout pour son enfant. Tous les interprètes sont magnifiques, portant un spectacle qui interpelle du début à la fin. Il faut noter que Séphora Pondi qui jouait plusieurs rôles n’a pas pu jouer le soir où nous étions présents, ses rôles ont été répartis et la pièce n’a rien perdu de son intensité.
Tiago Rodrigues prouve que le théâtre peut être un puissant outil de questionnement social. Hécube, pas Hécube est un spectacle d’une rare intelligence qui bouleverse et interroge.
Valérie Leah

Photos Christophe Raynaud De Lage