
Room – James Thierrée – Théâtre du Châtelet, Paris – du 22 mai au 1er juin 2023.
James Thierrée nous a longtemps fait rêver. Au-delà de son ascendance, le petit-fils de Charlie Chaplin a signé des spectacles inoubliables, poétiques et merveilleux, comme La symphonie du hanneton, La veillée des abysses, Au revoir parapluie, ou Raoul. Tabac rouge était beaucoup moins marquant, Room est quant à lui totalement déroutant. De l’aveu même de l’artiste, qui s’exprime ouvertement sur sa création pendant le spectacle, il n’y a pas de fil conducteur, pas de lien entre les scènes. Ce chaos ouvertement assumé pourrait être drôle, il manque malheureusement de poésie. La virtuosité des artistes est indéniable, mais le manque de repères de James Thierrée ne permet pas d’assurer la cohésion de l’ensemble. Dommage.
La scène est envahie de grands panneaux mobiles. Des plans d’architecte s’amoncellent sur une table de côté. James fait son entrée avec des cheveux blancs hirsutes, et la gestuelle incroyable qui est sa marque de fabrique, mi-absurde, mi-loufoque. Cet homme est un mime né, un danseur naturel, quelqu’un qui habite son corps avec une agilité exceptionnelle et une forme d’autodérision salutaire. Après cette entrée en matière solo conforme au personnage, arrive une troupe de musiciens dans le désordre. James Thierrée joue la mise en abime : il se représente lui-même en tant que créateur, faisant passer les entretiens d’embauche, répondant à une interview, commentant son spectacle. A chaque fois il indique un malaise, des décisions à prendre, un fil conducteur qui ne vient pas. A force d’être pointé du doigt de manière littérale, son manque d’inspiration devient embarrassant.
Se succèdent des femmes en robes spectaculaires, une cantatrice lyrique à la voix puissante, un musicien hongrois aux cheveux et peignoir longs. Des micros vont et viennent, anglais et français se mêlent. La pièce se cherche, cette « room » ne cesse de se reconfigurer. La musique live occupe une place importante, plus que dans toutes les autres œuvres de James Thierrée, au point que Room ressemble surtout à un concert. Mais même ce fil là n’est pas tiré pleinement, la chanteuse est sous exploitée, les séquences manquent de souffle et de poésie. Les animaux fantastiques, clins d’œil aux précédents spectacles font une apparition furtive. Quelques acrobaties trouvent leur chemin avec des cordes suspendues. Mais tout cela ne prend pas. C’est trop décousu, trop long. Même la chanson « the end » ne marque pas la fin, d’autres sursauts de numéros suivent.
Ce soir là la salle du Châtelet était pourtant généreuse dans ses applaudissements, la distribution a été saluée artiste par artiste. Soit. Peut-être la déception vient-elle alors du niveau des souvenirs des précédents spectacles exceptionnels de James Thierrée . Peut-être que ceux qui découvrent l’artiste pour la première fois y trouvent leur compte. Rien d’inoubliable en tous cas.
Emmanuelle Picard
Aaaaah Raoul…. Oui, vraiment Room, malgré son esthétique remarquable, ne fut pas à la hauteur de l’auteur.