
L’IMAGE DU JOUR. LA NOUVELLE BATAILLE DE GUERNICA. “l’une des œuvres les plus puissantes du XXᵉ siècle”, au centre d’une controverse entre Madrid et le Pays basque.
Le Gouvernement Basque réclame le retour -au moins éphémère et symbolique- du chef-d’oeuvre de Picasso, peint en 1937, après que l’aviation allemande, complice des franquistes, eut rasé la petite ville basque de Gernika le 26 avril de la même année*, un lundi jour de marché, choisi délibérément par les militaires. On estime à 1600 personnes tuées, sur les quelque 5000 habitants que comptait ce gros village. Un traumatisme immense dans les mémoires espagnoles, que la sale guerre des fascistes du général-dictateur menée sans relâche contre les républicains a conduit à l’effacement de ce cette petite ville devenue symbolique de la férocité du Caudillo. Un massacre des innocents.
Picasso, profondément révolté par ce carnage, peignit en quelques jours seulement ce morceau magistral de peinture « historique », qui bouleversera l’Art moderne et le Monde tout entier. Réalisée entre le 1er mai et le 4 juin 1937, à Paris, en réponse à une commande du gouvernement républicain et de Francisco Largo Caballero pour le pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris de 1937. Le peintre a choisi d’exprimer ce massacre en un camaïeu de gris, de noirs et de blancs, semblables à ce qu’on voyait à l’époque de Gernika dans les journaux : des ruines fumantes photographiées en noir et blanc… Un geste radical qui rajoute à la profonde beauté de ce cette oeuvre extraordinaire, qui exprime toute l’horreur et les souffrances de la guerre…
Le tableau Guernica n’a jamais quitté Madrid et le Musée Reina Sofia depuis 1981, date à laquelle il a été rapatrié de New York, où il était exposée au MoMA de New York pendant quatre décennies d’exil. Le gouvernement basque réclame le retour du tableau « à la maison », ce qui après tout ne serait que justice, en arguant qu’en 2027, l’Espagne tout entière et le Pays basque en particulier commémoreront les 90 ans de ce traumatisme existenciel qui a tant marqué les esprits et les coeurs des Espagnols. Le président du gouvernement basque (le lehendakari) Imanol Pradales souhaite que l’œuvre soit exposée au musée Guggenheim de Bilbao entre octobre 2026 et juin 2027, ce qui coïnciderait avec le 90e anniversaire du premier gouvernement basque et le bombardement de Gernika. Pour le gouvernement autonome, le transfert serait « une réparation symbolique et politique, non seulement pour le peuple basque, mais aussi un message au monde « .
Le Musée Reina Sofía n’en démord pas : il ne prêtera pas le tableau, au prétexte qu’ « il ne croit pas que le tableau puisse résister au voyage. » Ce qui est une ineptie totale : le célèbre chef-d’oeuvre a déjà voyagé de New York à Madrid en 1981, sans souci. Un trajet aussi modeste de Madrid à Bilbao ne devrait pas poser problème… Néanmoins, le musée reste campé sur ses positions, arguant que le département Conservation-Restauration du musée madrilène a publié il y a quelques jours un rapport de 16 pages dans lequel il déconseille « catégoriquement » le transfert. Le document décrit l’état actuel de la toile avec un niveau de détail qui laisse peu de place à l’interprétation : fissures, craquelures, microfissures, perte de polychromie, lacunes picturales. Par ailleurs, toujours ce rapport, Une partie des dégâts provient de la peinture utilisée par Picasso, qui a « une fragilité supplémentaire« . Mais l’essentiel, selon les techniciens, est une conséquence directe des plus de 30 voyages qu’a subis le tableau entre les années 1930 et son arrivée en Espagne.
Tout cela est juste d’une mauvaise foi absolue : on fait déjà voyager d’énormes fragments de notre fusée Ariane VI avec des vaisseaux spécialement conçus pour le transport d’aussi très gros éléments : un Airbus géant super maousse, un bateau surdimensionné, naviguant à voiles, qui franchit l’Atlantique pour Kuru en Guyane, ainsi qu’une péniche spéciale pour, depuis Toulouse, rejoindre les fleuves puis l’océan. On peut les prêter à l’Etat espagnol, non ? De plus, l’Espagne elle-même dispose de trains capables de transporter un tel morceau. Tout cela sans déchasser la toile et donc éviter de l’abîmer… Les conservateurs et techniciens de conservations connaissent parfaitement les méthodes et matériaux à employer pour protéger le tableau. Les techniques ont largement évolué ces dernières décennies, et on fait voyager sans problème n’importe quelle oeuvre d’Art, certaines beaucoup plus fragiles (la Tapisserie de Bayeux…) qu’un simple tableau, dût-il mesurer près de 8 mètres de long et peser une demie tonne (avec sa structure de transport)…
On voit bien là qu’il s’agit simplement d’une querelle de « clochers », Madrid l’épicentre politique et économique contre ses Régions autonomes, le Pays basque ayant été d’ailleurs la première région d’Espagne à s’émanciper de la tutelle madrilène. Néanmoins, ce qui complique la position basque, c’est que le musée Reina Sofía a des antécédents constants. En 1997, il a refusé d’inclure Guernica dans l’inauguration du Guggenheim de Bilbao. En 2000, il a dit non au MoMA de New York. En 2006, au Musée royal de l’Ontario. En 2007, au gouvernement basque lui-même. En 2009, à une chaîne de télévision japonaise. En 2012, à un musée coréen.
Aucun de ces refus n’a ouvert une crise diplomatique de cette ampleur, peut-être parce qu’aucun d’entre eux n’avait le poids symbolique du 90e anniversaire du bombardement de Gernika. Cette semaine, le maire de la ville, José María Gorroño, est allé plus loin que le gouvernement basque : si le tableau doit être déplacé, dit-il, le lieu naturel n’est pas Bilbao mais Gernika. Pour l’instant, Guernica reste là où il est depuis plus de trois décennies : dans la salle 206 du Reina Sofía, sans bouger et avec toute la controverse qui l’entoure. Un énième rebondissement purement politique de l’acrimonie qui alimente la capitale madrilène à l’encontre des régions autonomes depuis la création de ce statut, particulièrement lorsque la maire de Madrid, comme c’est le cas actuellement, est une figure de la droite espagnole, alliée dans sa ville à la droite nationaliste.
La Rédaction
Sources : les quotidiens « Dias » (Basque), « 20 Minutos » (Espagnol)
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*Le lundi 26 avril 1937, pendant un jour de marché, la petite ville basque de Guernika est bombardée par des avions allemands et italiens.C’est la première fois dans l’Histoire moderne qu’une population urbaine est sciemment massacrée. Ce massacre a été voulu par Hitler, allié du général Franco dans la guerre civile espagnole, pour terroriser la population civile.
Dès le début de la guerre civile, Hitler a utilisé l’Espagne comme un banc d’essai pour des armes nouvelles et un terrain d’entraînement pour ses aviateurs. En octobre 1936 a été créée une unité aérienne spéciale, la Légion Condor, sous le commandement du général Hugo Speerle. Lorsque les franquistes vont diriger leurs attaques sur le Pays basque et les Asturies, au nord-ouest de l’Espagne, elle va s’acquérir une sinistre notoriété.
La veille du drame, Guernica est traversée par les combattants républicains basques, les gudaris. Ils fuient l’avance des franquistes et tentent de gagner Bilbao, au nord, en vue d’y organiser une nouvelle ligne de défense. Le baron von Richthofen propose à ses alliés espagnols de couper la route aux fuyards en détruisant le pont de Rentería, au nord de Guernica. le reste hélas, on le connaît : Les résultats des quatre attaques ont été dévastateurs. 85% de la ville de Guernika a été détruite. Même si le nombre de morts est très controversé, il est estimé à un maximum de 1 654.
(Source revue Hérodote)
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GUERNIKAKO POLEMIKA. “XX. mendeko lanik indartsuenetako bat”, Madril eta Euskadiren arteko polemikaren erdigunean.
EAEko Gobernuak Picassoren maisulana itzultzea eskatzen du —behintzat aldi baterako eta sinbolikoki—, 1937an margotua, Alemaniako aireko indarrek, Francoren indarrekin konplize, Gernikako herri txikia suntsitu ondoren urte hartako apirilaren 26an*, astelehen batean, merkatu egunean, militarrek nahita aukeratutakoa. Kalkulatzen da herri handi honetako 5.000 biztanleetatik 1.600 pertsona hil zirela. Espainiako kontzientzia nazionalean grabatutako trauma izugarri hau are gehiago higatu zuen diktadore jeneralak errepublikanoen aurka egindako gerra faxista etengabeak, eta horrek herri txiki hau ezabatzea ekarri zuen, gaur egun Caudilloaren basakeriaren ikur bihurtu dena. Errugabeen sarraskia.
Picassok, sarraski honek nazka handia eragin zion eta egun gutxitan margotu zuen « historia » margolaritza maisulan hau, arte modernoa eta mundu osoa irauli zuen lana. 1937ko maiatzaren 1etik ekainaren 4ra bitartean sortua Paris , Errepublikako gobernuak eta Francisco Largo Caballerok enkargatu zioten 1937ko Parisko Nazioarteko Erakusketako Espainiako Pabiloirako. Margolariak sarraski hau gris, beltz eta zurien paleta monokromo batean irudikatzea aukeratu zuen, Gernikako garaian egunkarietan ikusten zenaren antzekoa: zuri-beltzean argazkiak ateratako hondakin ketsuak… Keinu erradikala, gerraren izugarrikeria eta sufrimendu guztia adierazten duen lan aparteko honen edertasun sakonari gehitzen diona…
Guernica margolana ez da Madrildik eta Reina Sofia Museotik irten 1981etik, New Yorketik erretratatu zutenetik, non lau hamarkadaz Arte Modernoaren Museoan (MoMA) erakutsi baitzen. Euskadiko gobernuak margolana « etxera » itzultzea eskatzen du, azken finean, justizia baino ez litzatekeela izango, argudiatuz 2027an Espainia osoak, eta bereziki Euskadik, espainiarren gogoak eta bihotzak hain sakonki markatu zituen trauma existentzial honen 90. urteurrena gogoratuko duela. Imanol Pradales lehendakariak lana Bilboko Guggenheim Museoan erakustea nahi du 2026ko urriaren eta 2027ko ekainaren artean, lehen gobernuaren eta Gernikako bonbardaketaren 90. urteurrenarekin bat eginez. Gobernu autonomikoarentzat, transferentzia » kalte-ordain sinboliko eta politikoa » izango litzateke, ez bakarrik euskadi herriarentzat, baita munduari bidalitako mezua ere .
Reina Sofía Museoak tinko jarraitzen du: ez du margolana mailegatuko, « ez duela uste margolanak bidaiari eutsiko diola » argudiatuz. Zentzurik gabea da hau: maisulan ospetsua New Yorketik Madrilera bidaiatu zen 1981ean, inolako gorabeherarik gabe. Madriletik Bilborako bidaia xume horrek ez luke arazorik sortu behar… Hala ere, museoak bere jarrerari eutsi dio, Madrilgo museoaren Kontserbazio-Zaharberritze sailak duela egun batzuk 16 orrialdeko txosten bat argitaratu zuela argudiatuz, non » kategorikoki » gomendatzen duen transferentziaren aurka. Dokumentuak mihisearen egungo egoera hain zehatz deskribatzen du, ezen interpretaziorako tarte gutxi uzten baitu: pitzadurak, arraildurak, mikroarraildurak, polikromiaren galera eta pintura-hutsuneak. Gainera, txosten berak dio kalte batzuk Picassok erabilitako pinturatik datozela, » hauskortasun gehigarria » baitu. Baina puntu nagusia, teknikarien arabera, margolanak 1930eko hamarkadatik Espainiara iritsi zenetik egindako 30 bidaia baino gehiagoren ondorio zuzena da.
Hau guztia fede txar hutsa da: gure Ariane VI suziriaren zati erraldoiak garraiatzen ditugu dagoeneko, osagai erraldoi horietarako bereziki diseinatutako ontziak erabiliz: Airbus erraldoi eta supertamainatsu bat, Atlantikoa zeharkatzen duen belaontzi gaindiko bat, Guyana Frantseseko Kurura eramaten duena, eta Tolosatik ibaietara eta gero ozeanora eramateko gabarra berezi bat. Ezin genizkioke Espainiako estatuari utzi? Gainera, Espainiak berak baditu horrelako pieza bat garraiatzeko gai diren trenak. Hori guztia mihisea kendu gabe eta horrela kalterik saihestuz… Kontserbadoreek eta kontserbazio teknikariek primeran ezagutzen dituzte margolana babesteko erabili beharreko metodoak eta materialak. Teknikak asko eboluzionatu dira azken hamarkadetan, eta edozein artelan garraiatu dezakegu arazorik gabe, batzuk askoz hauskorragoak (Bayeuxko tapiza…) margolan soil bat baino, ia 8 metro luze eta tona erdi pisatzen duen bat ere (bere garraio egiturarekin)…
Argi dago hau tokiko lehia hutsa dela, Madril, epizentro politiko eta ekonomikoa, bere autonomia erkidegoen aurka jarrita. Bide batez, Euskadi izan zen Madrilen kontrolpetik askatu zen Espainiako lehen erkidegoa. Hala ere, EAEko jarrera korapilatzen duena Reina Sofía Museoaren gatazka-historia da. 1997an, uko egin zion Guernicari Bilboko Guggenheim Museoaren inaugurazioan sartzeari. 2000. urtean, ezetz esan zion New Yorkeko Arte Modernoaren Museoari (MoMA). 2006an, Royal Ontario Museumari. 2007an, EAEko gobernuari berari. 2009an, Japoniako telebista-kate bati. 2012an, Koreako museo bati.
Uko horietako batek ere ez zuen eragin halako tamainako krisi diplomatikorik, agian Gernikako bonbardaketaren 90. urteurrenaren pisu sinbolikoa ez zuelako. Aste honetan, hiriko alkateak, José María Gorroñok, EAEko gobernua baino haratago joan da: margolana mugitu behar bada, esan zuen bere kokapen naturala ez dela Bilbo, Gernika baizik. Oraingoz, Guernica hiru hamarkada baino gehiago egon den lekuan dago: Reina Sofíako 206. gelan, mugitu gabe eta inguruko polemika guztiarekin. Hau beste bira politiko huts bat da Madril hiriburuak autonomia erkidegoen aurka estatus hori sortu zenetik izan duen haserrearen baitan, batez ere Madrilgo alkatea, gaur egun bezala, eskuin espainiarreko pertsonaia bat denean, bere hirian eskuin nazionalistarekin aliatua.
Erredakzio Taldea
Iturriak: « Dias » egunkariak (euskaraz), « 20 Minutos » (gaztelaniaz)
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1937 ko apirilaren 26an, astelehenean , merkatu egunean, Gernikako herri txikia bonbardatu zuten alemaniar eta italiar hegazkinek. Historia modernoan lehen aldia izan zen hiri-biztanleria bat nahita sarraskitu zutela. Sarraski hau Hitlerrek agindu zuen, Franco jeneralaren aliatu izan zen Espainiako Gerra Zibilean , biztanleria zibila izutzeko.
Gerra Zibilaren hasieratik bertatik, Hitlerrek Espainia erabili zuen arma berrien probaleku eta bere hegazkinlarien entrenamendu-leku gisa. 1936ko urrian, aire-unitate berezi bat sortu zen, Condor Legioa, Hugo Speerle jeneralaren agindupean. Frankistek Espainiako ipar-mendebaldeko Euskadi eta Asturiasen aurkako erasoak abiarazi zituztenean, ospea hartu zuen.
Tragediaren aurreko egunean, Gudariak izeneko errepublikar borrokalariak Gernika zeharkatu zuten. Frankisten aurrerapenetik ihesi zihoazen eta iparraldetik Bilbora iristen saiatzen ari ziren, defentsa-lerro berri bat ezartzeko asmoz. Richthofen baroiak bere espainiar aliatuei proposatu zien iheslari diren tropak geldiaraztea, Gernikatik iparraldera zegoen Renteríako zubia suntsituz. Gainerakoa, zoritxarrez, historia da: lau erasoen emaitzak suntsitzaileak izan ziren. Gernikako herriaren % 85 suntsitu zen. Hildakoen kopurua oso eztabaidagarria den arren, gehienez 1.654 izan zirela kalkulatzen da .
(Iturria: Hérodote aldizkaria)

Images: 1&2 : Pablo Picasso, « Guernica », 1937huile sur toile, 349,3 x 776,6 cm. Madrid, Musée national centre d’art Reina Sofía.© SIPA / Succession Picasso, VEGAP, Madrid, 2026.