FESTIVAL D’AVIGNON. « 1,2,3 POQUELIN »: LES TG STAN VIVIFIENT MOLIÈRE DANS LE CADRE MAGIQUE DE BOULBON

FESTIVAL D’AVIGNON 2026. « 1, 2, 3 Poquelin » – Textes de Molière – tg STAN – Carrière de Boulbon du 13 au 25 juillet (Relâches les 15 et 20 juillet) à 21h00 – Durée : 4h30.

La carrière de Boulbon se mérite ! Le théâtre aussi ! Ce magnifique lieu minéral et sauvage se découvre au bout d’une marche d’approche d’un bon quart d’heure au cœur d’une belle pinède de la Montagnette épargnée par les incendies. Les cigales s’en donnent à cœur joie et l’air chaud embaume le thym et le romarin. C’est ce charmant préambule – un peu pesant en cette période de canicule – qui nous ouvre les portes de ce lieu magique où le théâtre se complait comme un poisson dans l’eau.

C’est le collectif flamand tg STAN qui nous invite ce soir à nous replonger dans le théâtre de Molière dans ce qu’il a de plus populaire, de plus burlesque, de plus mordant. Ici pas de de Tartuffe ou de Misanthrope, on est dans la pure comédie en compagnie de ces personnages dont Molière a le secret, ridicules et touchants à la fois.

Le collectif revendique le fait de faire un théâtre de tréteaux, direct, sans fard. La scène est constituée d’une simple plateforme en bois surélevée accessible par de courtes échelles. C’est ce qu’on appelle « monter sur les planches », au sens propre comme au sens figuré.

Le décor est minimal, la scène nue. Seuls quelques fauteuils d’époque sont utilisés momentanément pour les besoins de certaines scènes. Côté jardin une table bien visible réservée au souffleur qui ici ne se cache point et qui apporte parfois son grain de sel. Un rôle tenu de manière aléatoire semble-t-il par l’un ou autre des protagonistes.

Cette scène à tréteaux semble aller à la rencontre du public et se place au cœur d’un dispositif en U. Un gradin frontal et deux autres, côté cour et côté jardin. En fond de scène une immense structure métallique, un grand rideau rouge et deux lustres d’époque que l’on hisse à grand peine à la force des bras. On peut regretter que l’impressionnant décor minéral de la carrière ne soit pas mieux exploité.

La troupe est constituée de cinq comédiens et trois comédiennes qui semblent s’entendre comme larrons en foire et qui interprètent une quarantaine de rôles. On retrouve un théâtre de baladins. Chacun se revêt de nippes improbables, grimpe sur scène avec gourmandise et s’empare de son rôle à bras-le-corps. On n’hésite pas à utiliser des ficelles de commedia dell’arte. On force le trait mais avec subtilité.

Pas de temps mort. Le jeu est énergique, simple et direct et nous entraîne dans un tourbillon de burlesque d’où l’autodérision n’est pas absente et où les coups de bâton pleuvent. On nous sert du Molière sur un plateau à la sauce belge avec un accent flamand à couper au couteau que l’on exploite sans modération et qui constitue l’un des ressorts comiques du spectacle.

Nous retrouvons avec bonheur une galerie de personnages enfouis dans notre mémoire : un Harpagon frénétique courant dans le public à la recherche de sa cassette, une Toinette délurée dans la tirade du poumon devant un Argan comme deux ronds de flan, un Sganarelle ébahi de se savoir médecin, trois précieuses savantes émoustillées en extase devant les sonnets de Monsieur Trissotin et bien d’autres encore.

C’est l’une de ces belles soirées d’été où la canicule laisse enfin un peu de repos. Nos huit complices du tg STAN quant à eux ne nous en laissent aucun et les quatre heures et demie que dure le spectacle passent comme une lettre à la poste. Une belle soirée de théâtre revigorante et rafraîchissante – au sens figuré, cela s’entend.

Jean-Louis Blanc

Photos C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

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