AU VICTORIA PALACE, « HAMILTON », UNE FRESQUE MUSICALE ENERGIQUE SUR L’AMBITION POLITIQUE

Londres, envoyée spéciale

CRITIQUE. « Hamilton » – De Lin-Manuel Miranda – mise en scène Thomas Kail – Au Victoria Palace Theatre de Londres, Victoria Street, Londres jusqu’au 13 mars 2027. Représentations du lundi au samedi à 21h45 avec un entracte.

La production londonienne de Hamilton s’est imposée depuis novembre 2017 comme l’un des événements théâtraux majeurs du West End, confirmant le phénomène culturel initié à Broadway. Lin-Manuel Miranda a créé avec Hamilton une œuvre hybride audacieuse : un musical historique porté par le hip-hop, le R&B et le jazz. aucun dialogue, tout est chanté. Pourtant le thème historique ne laissait pas présager un tel engouement : l’histoire d’Alexander Hamilton, père fondateur oublié des États-Unis, devient le prétexte à une fresque énergique sur l’ambition, l’immigration et l’héritage politique.

Pour comprendre ce succès qui dure, il faut tout d’abord il faut se pencher sur la distribution multiculturelle : Le choix de confier les rôles des Pères fondateurs à des acteurs noirs et latinos n’est pas qu’un parti pris esthétique, c’est un geste politique fort qui réactualise l’histoire américaine. Ensuite il faut reconnaitre une sacrée virtuosité musicale : les 46 chansons s’enchaînent à un rythme effréné, exigeant des interprètes possédant une maîtrise technique impressionnante. Les chansons restent d’une accessibilité surprenante malgré la densité du texte rappé.

Enfin la mise en scène de Thomas Kail est épurée mais dynamique, elle repose sur un seul décor et une scénographie minimaliste (un simple plateau tournant) qui laisse toute la place aux performances vocales et aux interprétations émouvantes. Le Victoria Palace Theatre, rénové spécialement pour accueillir le spectacle, offre une ambiance particulière : la production britannique a su conserver l’énergie new-yorkaise tout en s’appropriant l’œuvre avec des distributions successives remarquables. Le casting actuel ne fait pas exception :

Adam J Bernard est un Alexander percutant, il se heurte fréquemment avec Jay Perry qui incarne un Aaron Burr tout aussi combatif. Mention spéciale pour Aidan Nightingale qui est un George Washington époustouflant et pour Manaia Glassey-Ohlson qui incarne avec talent le marquis de Lafayette puis Thomas Jefferson. L’orchestre en fosse est dirigé par Chris Hatt avec rigueur et intensité.

Hamilton à Londres n’est pas qu’un simple musical, c’est un phénomène culturel qui transcende le genre. Sept ans après son ouverture, le spectacle continue d’afficher complet et de susciter l’enthousiasme. C’est une œuvre qui marque son époque, portée par une ambition artistique et une exécution impeccable.

Valérie Leah, à Londres

Photos Victoria Palace Theatre

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