
MAGAZINE. LE CIRQUE FABRIQUE DE L’ART MODERNE – Musée de Montmartre, Paris – Jusqu’au 14 février 2027.
Si le Bateau-Lavoir, résidence d’artistes, reste un haut lieu de l’art à Montmartre, notamment par la présence de Picasso, d’autres ont, eux aussi, pris une part surprenante dans l’aventure de l’art moderne. Ce sont les cirques. C’est ce que s’attache à raconter cette exposition proposée par le Musée de Montmartre.
Quand le cirque vivait son âge d’or. Près d’un siècle de son histoire. Au cœur de la Butte et de sa modernité artistique, le cirque Fernando sera l’un des plus importants lieux de spectacles de Paris dès 1873. En témoignent encore aujourd’hui une fresque et une plaque à l’angle de la rue des Martyrs et du Boulevard Rochechouart. Et ses affiches témoignent très vite d’une forte identité. Devenu cirque Médrano en 1897, il poursuivra l’aventure et restera cette riche source d’inspiration jusqu’aux environs des années 1950.
Et ce sont les plus grands noms de l’art moderne qui sont attachés à ce regard tout particulier. Picasso et ses fameux saltimbanques ou encore son bronze du Fou. Seurat et ses écuyères. Fernand Léger. Degas. Ou encore Toulouse-Lautrec, grand témoin de Montmartre, si attaché à la fragilité des artistes et dont on voit ici, entre autre, une très belle série de lithographies. La grâce des peintures de Chagall ou l’épaisseur de Rouault. Tous ont donné du cirque des œuvres fortes, sensibles et bien souvent émouvantes. Bien d’autres artistes moins connus ont témoigné eux-aussi de cet imaginaire nourri par la grande épopée circassienne. Ibels et ses clowns magnifiques, Foottit et Chocolat. Chabaud et sa saisissante galerie de portraits. Othoniel Friesz et ses personnages monumentaux. Ou encore Faverot, ancien pitre forain et peintre du célèbre clown Medrano dit Boum Boum.
Clowns et Augustes, figures omniprésentes se confrontent volontiers à la puissance et à la légèreté des acrobates ou des trapézistes. La forme. Croquée. Dessinée. Peinte. Comme volée à l’espace. L’espace lui-même, l’architecture même du cirque, comme les lignes dessinées par Degas peignant Miss La La. La piste circulaire, espace singulier d’une autre perception.
Au travers de sa chronologie, l’exposition nous raconte cette influence profonde du cirque sur la production artistique. Sur l’évolution de la modernité. Au travers d’un autre regard. Corps. Lumières. Mouvement. Tout bouge. Tout se construit.
Populaire, le cirque, par sa forme et son éclat, par sa théâtralité aussi devient un formidable creuset de la création artistique.
Évoquer la grande famille des Fratellini donne ici l’occasion d’admirer, en contre-point des œuvres, de sublimes « sacs » de clowns de la Maison Vicaire spécialiste du genre. De découvrir aussi les aquarelles d’Edmond Heuzé qui en quelques simples traits et couleurs donnent des trois frères de sublimes portraits.
Le clown et ses paillettes. Mais aussi ses codes, sa dérision, sa gravité et toute sa théâtralité puisqu’issu du théâtre élisabéthain.
Citons encore la présence du puissant Gromaire témoin des Années folles, et plus contemporain encore Matisse et ses gouaches découpées pour son livre Jazz.
Mais laissons le dernier mot aux frères Goncourt par cette citation extraite de leur journal de 1859, inscrite en clin d’œil à l’entrée de L’exposition : « Nous n’allons qu’à un théâtre : LE CIRQUE. Là, nous voyons les seuls talents au monde qui soient incontestables, absolus comme des mathématiques ou plutôt comme un saut périlleux. »
Une belle et instructive exposition à voir en famille puisqu’un parcours spécifique est judicieusement proposé aux plus jeunes.
Arthur Lefebvre
Commissariat : Pascal Jacob, Marika Maymard, Gérard Borg et Jeanne-Yvonne Borg, collectionneurs et spécialistes des arts du cirque. – Avec la coordination d’Alice S.legé, docteur en histoire de l’art et responsable de la conservation au musée de Montmartre.
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Images: Fernand Léger, Le cirque Médrano,1918 – copyright RMN, Paris, ADAGP 2026 – 2- Henri de Toulouse-Lautrec, La funambule (titre original La Danseuse à la corde), 1899, pastel sur papier, NationalMuseum Stockholm – 3- Henri de Toulouse-Lautrec, La Clownesse Cha-U-Kao, 1895, huile sur carton, 58 x43 cm, Paris, Musée d’Orsay © GrandPalaisRmn / Ph. Franck Raux – 4- Marc Chagall, Esquisse pour Le Grand Cirque, circa 1956, pastel, lavis de gouache, encre de Chine et graphite sur papier vélin, 44,5 x 65,5 cm, coll. part. Archives Marc & Ida Chagall © Paris, ADAGP, 2026 – 5- Pablo Picasso, Le Fou, 1905, bronze, 41,5 x 36,5 x 22 cm, Fondation Pierre Gianadda Martigny © Ph. Heinz Preisig