
CRITIQUE. OUVERTURE DE SAISON 2026-2027 du CENTRE CULTUREL D’UCCLE à Bruxelles : 2 spectacles et une exposition.
Pour son ouverture de saison 2026-2027 le 12 septembre dernier, , le Centre Culturel d’Uccle (Bruxelles) a proposé une soirée en trois temps :
L’EXPOSITION DE RENÉE LORIE « I Thought We Would Eat with Golden Spoons » (*)
Intéressante, mais un peu desservie par le choix du support
Pendant huit mois, la photographe Renée Lorie a parcouru les rues « feutrées » de la commune de Uccle : les quartiers les plus riches, tels que celui du Prince d’Orange, Dieweg, l’Observatoire ou encore le Hamoir, pour ne citer que ceux-là. Que dérobent aux regards ces portails hauts et parfaits, ces belles haies, taillées avec soin, ces lieux où l’imaginaire flirte avec la curiosité ? Quels mystères derrière ces maisons, ces « frontières végétales »? « Un éclat de rire, une tasse de café, ou simplement le silence, s’interroge Renée Lorie. Ce sont précisément ces silences que l’artiste tente de capturer à travers son objectif : « Ni visage, ni sourire, ni silhouette à offrir au monde extérieur ». Sans jamais en « exhiber ni dévoiler l’intime, elle en préserve la texture ». Son travail questionne la richesse, la possession, des frontières invisibles à ne pas franchir et l’approche, parfois difficile, pour pénétrer dans un monde… à part. À la recherche d’une conversation ou d’un café, Renée cherche à « capter le regard hésitant avec la plus grande des délicatesses ». Une approche bien plus complexe à réaliser qu’il n’y paraît.
Cette série de photos a été réalisée au cours d’une résidence à GC Het Huys. À l’origine du projet, une idée qui trottait depuis un bon moment dans la tête de Ilse Joliet, la responsable du ce centre : lancer un projet participatif dans les quartiers favorisés. L’initiative voit finalement le jour en 2024. Appréciant le travail de Renée Lorie, qu’elle suit depuis 2022, c’est tout naturellement qu’Ilse Joliet choisit la contacter.
Le parcours s’est toutefois révélé semé d’embûches : « Il a fallu poster des centaines de lettres » confie la responsable. Beaucoup de ces lettres sont restées sans réponses ou ont été ignorées : « Nous n’avions pas prévu que le fossé entre nous et la classe privilégiée serait aussi profonde et infranchissable ». Un projet qui aura finalement coûté « du sang, de la sueur, et des larmes », mais qui offre un magnifique résultat et des moments « tout aussi merveilleux ».
Fruit de cette résidence artistique, cette série photographique offre un regard surprenant sur l’intimité et les réalités indicibles des quartiers aisés d’Uccle. En effet, qui n’a jamais eu envie de jeter un œil derrières les murs d’une propriété, une haie, une allée… ? Ces endroits particuliers éveillent les fantasmes, suscitent le rêve ou, tout simplement, piquent notre curiosité. À travers ce travail subtil qui saisit l’envers du décor de ces grandes demeures ; l’œuvre de l’artiste mérite assurément que l’on s’y attarde…
Seul bémol ? Le support utilisé pour la présentation. Le choix d’exposer les clichés sur de grandes « bâches » de plastique suspendues dans le hall d’entrée a, malheureusement, minimisé l’impact visuel. La netteté des images, les reflets et la texture semblaient y perdre en visibilité et en détails (pourtant bien présents)… S’agissait-il d’un choix délibéré de l’artiste ou d’une contrainte due au lieu de l’exposition ? Quoi qu’il en soit, le talent et la proposition de Renée Lorie méritent amplement le détour.
Cette artiste a notamment exposé à la Schönfeld Gallery et au Photo Brussels Festival. Si vous souhaitez découvrir son univers, voici quelques infos utiles : L’exposition de Renée Lorie : À découvrir au CCU de Bruxelles jusqu’au 31/10/26. Bon à savoir rencontre avec l’artiste: Renée Lorie le 14 octobre de 18h00 à 20h00 au CCU. La sociologue Carole Kesteloot (VUB) sera également présente et « apportera un éclairage issu de ses recherches sur les élites bruxelloises et le personnel domestique des maisons aisées. Un dialogue autour de ces mondes, souvent difficiles d’accès ».
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UN SEUL EN SCENE DE LORRAINE DAMBERMONT : « Toujours de 3/4 face! »
Quand la prouesse lasse
Le premier spectacle proposé est le seul en scène interprétée par la danseuse et chorégraphe et humoriste belge Loraine Dambermont. Vingt minutes d’un mélange de danse contemporaine, de hip-hop et de self-défense. Un genre de « faux tutoriel de survie en direct » qui s’inspire de Johny Cadillac, un célèbre karatéka belge, sosie de Johny Hallyday, qui affirmait que pour « parer n’importe quelle attaque, il faut se tenir : toujours de ¾ face ». La performence physique de Loraine Dambermont sur scène est on ne peut plus intense sur une bande-son rapide, étrange et disjonctée, avec en fond, la voix du fameux Cadillac. L’ensemble est étrange, répétitif. Chaque mouvement est lié à une espèce de déclic-audio. Le spectacle se veut une critique du sérieux des arts martiaux et des discours hypermasculins sur la légitime défense… Si la prestation est impressionnante par l’énergie physique de l’excellente danseuse et chorégraphe, le spectateur reste sceptique à la fin de la représentation…
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UN SPECTACLE DE LA Cie LES VRAIS MAJORS : « Éléphant » **
Une expérience immersive thérapeutique !
Tout de rose fluo vêtue (costumes, décor, accessoires et même l’humeur des comédiens) la pièce des Vrais Majors bouscule la scène comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Canon à confettis et autres joyeusetés attendent le public. Les surprises sont de taille… d’éléphant ! On y pose des questions très intimes, l’appli Tinder n’est pas à l’abri d’un scan, un bras qui se perd (une référence cinématographique ? qui sait…), mieux vaut réviser ses classiques au risque d’être… quoi ? Une proposition complètement décalée et à la fois si subtile, tendre et intelligente.
Éléphant ? Rien à voir avec le pachyderme qui donne son titre au spectacle, mais, peut-être bien avec le fait de les voir arriver de loin ! Quatre comédien-ne-s et deux micros et l’immersion immédiate du public dans un délire plein de générosité, d’humanité, de tendresse et de rire. C’est un élan vers la rencontre de l’autre. Cette approche interactive vise à la confidence sans jugement, poussant à aller vers ce que l’autre peut offrir ou demande : la tendresse, la compréhension, loin du jugement. Un espace de rencontre authentique ou le public n’est plus passif, mais devient le cœur même du spectacle.
Mais sous des airs joyeux le surréalisme s’invite comme un éléphant. Le burlesque « cache » un propos bien plus sérieux, une satire féroce d’une société individualiste, qui, trop souvent, s’ignore totalement. Les quatre excellents artistes dénoncent tout en finesse à travers leurs gags la tendance moderne de vivre les uns à côté des autres dans l’indifférence. Les failles de notre système de société invisibilisent les besoins de notre prochain. Les personnages sur scène montrent que dans ce monde qui s’en fout, le théâtre nous réapprend faire attention à l’autre.
Un projet théâtral ludique : une thérapie collective indispensable, bluffante et jouissive. Il tend le miroir de notre société, où la solitude, la vulnérabilité et le mal-être s’effacent trop souvent derrière le paraître à tout prix. Pourrait-on parlé de dictature du paraitre…? En nous poussant à poser des choix et à être ensemble, à ne faire qu’un, le temps d’une représentation, la troupe oppose un antidote joyeux à l’indifférence générale. Le plus rit et s’émeut à la fois.
Une proposition profondément humaine qui percute et qui prouve, une fois de plus, que rire reste la meilleure arme pour secouer les consciences.
Les spectateurs quittent la scène avec un sentiment de légèreté et de bonheur… Sans doute le but de cette aventure interactive. Très réussit.
Portée par une écriture collective et une sacrée dose d’improvisation, « Les Vrais Majors », des artistes à suivre assurément.
**« Éléphant » de la compagnie « Les Vrais Majors », programmé uniquement pour le jour de l’ouverture du CCU le 12 septembre 2026. Pour d’autres dates et d’autres lieux : https://lesvraismajors.be/
Julia Garlito Y Romo
- (*) Traduction : « Je pensais que nous mangerions avec des cuillères en or »
- Pour ceux et celles que cela intéresse, le programme du Centre Culturel d’Uclle est à un découvrir ici : https://www.ccu.be/


Images: 1&2 : « Eléphant » de la Cie Les Vrais Majors – 3- Exposition « I thought We Would Eat with golden Spoons » de Renée Lorie – Photos DR