
AVANT-PREMIERE OFF 2026. Le Meilleur des Mondes – d’après Aldous Huley – Collectif 8 – Adaptation et mise en scène : Gaële Boghossian – Création vidéo de Paulo Correia – Vu le 6 juin en avant-première – Avignon Off 2026, du 4 au 25 juillet à 19h à La Factory-Théâtre de L’Oulle – durée 1h30 – relâche les jeudis 9, 16 et 23 juillet.
Les adaptations théâtrales du Collectif 8 ont toujours trouvé leur inspiration dans les grandes œuvres littéraires auxquelles. Gaële Boghossian et Paulo Correia apportent leur univers artistique singulier. On se souvient de « La Religieuse », « Faust », « L’Homme qui rit » ou encore « 1984 ». Avec « Le Meilleur des Mondes », le duo poursuit son exploration des romans visionnaires. Créée parallèlement à l’adaptation de l’œuvre de George Orwell, cette pièce confirme l’intérêt de Gaële Boghossian pour la mise en scène de ces auteurs qui ont imaginé, bien avant nous, les dérives possibles de nos sociétés modernes. Au travers de SOMA, devenue ici une intelligence artificielle omniprésente, Gaële Boghossian actualise le propos d’Aldous Huxley et questionne notre rapport à la technologie, au contrôle social et à cette quête permanente du bonheur. Une vision qui, loin de relever uniquement de l’anticipation, nous renvoie avec une troublante acuité au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Dans ce monde futuriste, les êtres humains sont conçus en laboratoire puis conditionnés dès leur naissance pour occuper une place précise au sein d’une société où tout semble parfaitement organisé. Les émotions, les désirs et même les relations humaines sont contrôlés afin de préserver une harmonie collective. Au cœur de cette mécanique bien huilée apparaît un homme venu d’un autre monde, un monde où le virtuel n’existe pas. Issu de cet univers extérieur, il découvre progressivement les règles de cette civilisation et devient le révélateur de ses contradictions.
Dès l’ouverture du spectacle, le public est happé par une création visuelle particulièrement évocatrice. Dans des teintes de sable et de désert, des silhouettes humaines apparaissent puis s’effacent lentement comme emportées par le vent. Cette image poétique et inquiétante donne immédiatement le ton d’un récit où l’individu semble voué à disparaître au profit du collectif.
La création vidéo de Paulo Correia occupe une place centrale dans la mise en scène. Au fil des années, le Collectif 8 a développé une véritable maîtrise de cet outil devenu sa signature artistique. Les projections ne servent pas uniquement d’illustration ; elles participent pleinement à la narration. SOMA apparaît sous les traits d’une figure féminine omniprésente qui observe, guide et contrôle les individus. Les images dessinent également un immeuble composé de plusieurs appartements où les personnages évoluent sous le regard permanent du système. Cette ruche humaine, à la fois fascinante et oppressante, matérialise avec efficacité le contrôle exercé sur chaque existence.
Les quatre comédiens investissent pleinement cet univers futuriste. Paulo Correia incarne un présentateur de talk-show parfaitement intégré à cette société où le divertissement participe au contrôle des individus. Océane Verger interprète une jeune femme qui répond aux attentes de SOMA, quitte à s’oublier elle-même. Damien Rémy donne vie à un psychologue tourmenté dont les certitudes vacillent peu à peu. Face à eux, Matthieu Astre incarne l’homme venu de l’autre monde. Considéré comme un être presque sauvage par les habitants de SOMA, il conserve une attitude instinctive qui contraste avec les comportements codifiés de cette société. Son regard extérieur met en lumière les failles de ce monde où le bonheur semble avoir remplacé la liberté.
La musique, les lumières et les créations numériques accompagnent le récit sans jamais prendre le dessus. Le Collectif 8 démontre une nouvelle fois sa capacité à associer théâtre et arts visuels au service de la dramaturgie. À travers cette adaptation puissante du roman d’Aldous Huxley, la compagnie nous renvoie à des préoccupations très actuelles où le confort, la technologie et le bonheur immédiat pourraient progressivement prendre la place du libre arbitre.
Avec « Le Meilleur des Mondes », le Collectif 8 propose un spectacle immersif qui interroge notre époque autant qu’il met en lumière la modernité saisissante de l’œuvre de Huxley.
Béatrice Stopin
Photos copyright Collectif 8