« LE GOÛT DE LA FRAMBOISE », UN RÉCIT INTENSE PARFAITEMENT MAÎTRISÉ

CRITIQUE. Le Goût de la framboise – De Raphaële Volkoff – mes Martin Darondeau – Aux Béliers parisiens jusqu’au 1er novembre 2026. 

Deux femmes. Deux époques. Deux formes d’enfermement.

En 1975, Marcelle, brillante chercheuse en astrophysique, voit sa découverte scientifique confisquée par son directeur de thèse, un vol intellectuel commis au nom d’un ordre masculin qui se croit naturel.

En 1998, Stella, dix-neuf ans à peine, débarque dans une cellule pénitentiaire et se retrouve face à une codétenue mystérieuse surnommée « la folle ».

Ce que ces deux trajectoires ont en commun, le récit prend soin de ne le révéler qu’au moment précis où cette révélation fait le plus d’effet et c’est là tout l’art de la construction. La grande force de cette œuvre réside dans son architecture narrative. Les va-et-vient entre les deux périodes s’articulent avec une aisance déconcertante, sans jamais égarer le regard ni brouiller la compréhension. Un élément scénographique en forme d’arche sert de pivot entre les deux univers, balisant les glissements temporels avec sobriété. La partition dramatique distille ses révélations avec précision, semant des indices que chacun interprète à sa façon, jusqu’à ce que la clé de voûte s’enclenche et que l’ensemble du récit se recompose sous un éclairage entièrement nouveau.

Le point fort du texte de Raphaële Volkoff, c’est de faire cohabiter une multitude de thématiques : la spoliation intellectuelle, la domination masculine, la solidarité entre femmes, la violence carcérale, la transmission entre générations. Tout s’imbrique, se répond, forme un tissu cohérent et dense.

La mise en scène de Martin Darondeau épouse parfaitement cette écriture tendue. Le rythme est soutenu, les transitions inventives, la bande sonore d’une efficacité remarquable. Six interprètes au top : Laura Authier, Benoît Blanc, Machita Daly, Octavie Durand, Nanou Garcia et l’autrice elle-même, endossent chacun plusieurs figures avec une agilité stupéfiante, sans jamais sacrifier la profondeur au profit de la vitesse. La dimension féministe irrigue le spectacle sans jamais se transformer en manifeste.

On sort des Béliers Parisiens avec le sentiment d’avoir assisté à quelque chose d’intense raconté avec intelligence et un sens aigu du théâtre vivant.

Valérie Leah

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