
CRITIQUE. MONET AU HAVRE – Exposition au MuMa du Havre, jusqu’au 27 septembre 2026.
En ce centenaire de la disparition de Claude Monet, le Musée d’art moderne André Malraux, le MuMa, offre au public une occasion rare et précieuse : remonter aux toutes premières heures d’un adolescent qui deviendra l’un des peintres les plus connus de l’humanité.
L’événement s’inscrit dans le cadre des festivités « Monet 2026 » et du festival Normandie Impressionniste, dont c’est la sixième édition. Mais cette manifestation-là se distingue par son ambition singulière : dévoiler l’enfant qui apprenait à voir, carnet à la main, sur les falaises et dans les ruelles d’une ville portuaire en pleine mutation.
Près d’une centaine de toiles, croquis et photographies ont été rassemblés pour l’occasion, un travail de fourmi qui a conduit jusqu’au Japon. Car c’est au Marunuma Art Park, dans les mains d’un collectionneur nippon passionné, que reposaient un trésor : la toute première huile sur toile de Monet, ‘Vue prise à Rouelles’ (1858), le jeune Monet (18 ans) explore déjà les reflets sur l’eau qui annoncent, sans qu’il le sache encore, les grandes séries à venir.
Ce que l’on découvre au fil des salles, c’est un jeune artiste d’une curiosité insatiable. Avant de manier le pinceau, il dessine ses professeurs, ses voisins, les notables du Havre, avec un sérieux sens du trait et de l’humour. Ces caricatures, loin d’être anecdotiques, révèlent une main déjà souveraine et un œil acéré sur le monde. C’est d’ailleurs ce talent graphique qui attire l’attention d’Eugène Boudin, lequel convainc le jeune homme de sortir de l’atelier pour affronter la lumière changeante du plein air. Une rencontre décisive, dont Monet dira lui-même qu’elle fit de lui un peintre.
La progression vers ce style si reconnaissable se lit ensuite comme une métamorphose progressive. Les natures mortes de jeunesse, sages et brunes à la manière de Chardin, cèdent peu à peu la place à des ciels au pastel d’une liberté croissante. Puis vient Marine, effet de nuit (1864), véritable révélation et coup de cœur de l’accrochage : huit ans avant Impression, soleil levant, Monet y pose déjà les fondations de sa révolution.
L’exposition se conclut avec les trois toiles offertes par Monet à sa ville d’adoption en 1910 : les Nymphéas de 1904, les falaises de Varengeville, le Parlement de Londres récemment restauré dans toute la subtilité de ses mauves et de ses roses. Un geste de gratitude envers la cité qui l’a vu naître en tant qu’artiste.
La visite s’enrichit grâce au cinéaste Cédric Klapisch qui propose douze capsules sonores intimes, comme autant de murmures à l’oreille du visiteur à écouter vie votre téléphone. Et en guise de point d’orgue inattendu, deux immenses fresques de l’artiste chinois Ai Weiwei, composées de 650 000 briques de LEGO chacune, réinterprètent les Nymphéas du MoMA.
Valérie Leah
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En contrepoint : Ai Weiwei, Waterlilies #1 et #2, (2022), un jardin contemporain.
En collaboration avec le festival Normandie Impressionniste 2026, le MuMa présente pour la première fois en France deux installations de l’artiste et activiste chinois Ai Weiwei. Monumentales, longues chacune de plus de quinze mètres, ces oeuvres composées de 650 000 briques de LEGO® revisitent les Nymphéas de Claude Monet. Durant ses années new-yorkaises, Ai Weiwei a longuement contemplé cette peinture au MoMa, s’imprégnant de ses vibrations lumineuses.
De cette mémoire est née une relecture singulière, où la matière industrielle et sérielle des briques colorées se substitue à la touche impressionniste, sans en trahir l’élan méditatif. Mais
ces Water Lilies sont aussi un geste filial. Les oeuvres rendent hommage à son père, poète formé à Paris, qui avait étudié à Paris, profondément marqué par l’impressionnisme, avant d’être réduit au silence par le régime communiste à son retour en Chine.
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Images: 1- Claude Monet, Impression soleil levant – 1872 – Huile sur toile, 50×75 cm – © MuMa Le Havre / David Fogel – 2- Les Nymphéas, 1904, huile sur toile, 89 x 93 cm. Le Havre – Musée d’art moderne André Malraux – don de l’artiste – 1910. © MuMa Le Havre / David Fogel – 3- Soleil d’hiver, Lavacourt, 1879-1880, huile sur toile, 55 x 81 cm. © MuMa Le Havre / David Fogel – 4- Fécamp, bord de mer, 1881, huile sur toile, 63,5 x 80 cm. Le Havre Musée d’art moderne André Malraux, achat de la Ville avec l’aide du Fonds régional d’acquisition des musées, 1994. © MuMa Le Havre / David Fogel – 5- Ai Weiwei devant son oeuvre Waterlily # 1, (2022), au MuMa, Le Havre 2026 – Lego – San Gimignano – Galleria Continua – Courtesy AI WEIWEI STUDIO and GALLERIA CONTINUA. © Ela Bialkowskalegos